L’été s’annonce désagréable pour la livre sterling

Bonne nouvelle pour l’économie britannique. Selon les chiffres publiés mercredi par l’Office national des statistiques, elle a enregistré une croissance de 0,3% en mai, grâce notamment à une reprise de la production industrielle. Le mois précédent, le produit national brut (PIB) avait reculé de 0,4%. L’embellie a donné un petit souffle à la livre sterling. La veille, cette dernière avait touché son plus bas niveau depuis avril 2017, à 1,24 contre le dollar.

La remontée observée mercredi ne pourrait être qu’un répit. Selon Vasileios Gkionakis, chef de la stratégie Devises à la banque Lombard Odier, la monnaie anglaise s’achemine vers un été désagréable. «Une conjonction de la rhétorique politique autour du Brexit et des indicateurs économiques négatifs tend vers une tendance baissière ces prochains mois», anticipe-t-il pour Le Temps. «La livre pourrait s’approcher de 1,20 contre le dollar.» Au début du mois, elle valait 1,26.

Scepticisme

Pour Vasileios Gkionakis, les investisseurs ont toujours estimé que le Royaume-Uni finira par négocier et éviter un Brexit chaotique avec l’Union européenne (UE). Désormais, pendant que la course pour le poste de premier ministre bat son plein, le scepticisme gagne le terrain. «Le choix sera fait par 160 000 membres du Parti conservateur, qui sont pour la plupart des eurosceptiques et partisans d’un Brexit dur, relève-t-il. Nous connaissons la position radicale du favori Boris Johnson. En revanche, son concurrent Jeremy Hunt, qui au départ était dans le camp «remain», fait la surenchère en adoptant un discours anti-européen.»

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«La rhétorique politique ne rassure pas les investisseurs, poursuit le responsable de Lombard Odier. Le qui-vive sera dès lors de mise jusqu’à la fin du scrutin le 22 juillet.» Le successeur de Theresa May, première ministre poussée à la démission, sera intronisé deux jours plus tard. Selon un sondage récent, Boris Johnson, qui promet de forcer la main de l’UE pour renégocier un accord sur le Brexit, sinon ce sera «une sortie brutale le 31 octobre quoi qu’il arrive», devrait l’emporter avec 74% des voix.

Pour la suite, Vasileios Gkionakis prévoit une période de volatilité pour la livre, puis une lente remontée. En effet, selon lui, les marchés espèrent fort qu’en fin de compte la sortie du Royaume-Uni de la famille européenne se fasse dans l’ordre et de façon prévisible.

Economie déprimante

Le taux de change évolue aussi selon les indicateurs économiques, qui, depuis le vote sur le Brexit le 23 juin 2016, sont déprimants dans l’ensemble. Et l’avenir est incertain. Selon l’agence Moody’s, un Brexit dur pourrait plonger le Royaume-Uni dans la récession. Dean Turner, économiste à UBS Global Wealth Management à Londres et cité dans le Financial Times, affirme la même chose: «Le pays pourrait enregistrer une croissance négative au deuxième semestre 2019.»

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Selon une enquête de Bloomberg, au moins 40% des investisseurs s’attendent à ce que la Banque d’Angleterre, qui table sur une croissance nulle entre avril et juin de cette année, baisse son taux directeur d’ici à la fin de l’année pour donner un coup de pouce à l’activité. «Plus globalement, l’économie britannique n’échappe pas à la morosité et à l’incertitude qui pèsent sur l’économie mondiale», conclut Vasileios Gkionakis de la banque Lombard Odier. Brexit ou pas.

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