Les taux d’intérêt négatifs ont de moins en moins la cote

Le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, a pris jeudi une décision de poids. Le Romain a annoncé un taux directeur négatif encore plus lourd. Le taux de rémunération des dépôts, «taxant» à – 0,4% depuis cinq ans les liquidités déposées par les banques commerciales dans les coffres de la BCE, passera à – 0,5%. Cette mesure conduira-t-elle la Banque nationale suisse (BNS) à baisser, la semaine prochaine, son propre taux directeur sur les comptes de virement de banques et de caisses de pension qu’elle héberge?

Cette question tenaille toute la place financière helvétique. La semaine dernière, au moins trois banques suisses ont déjà anticipé un taux d’intérêt négatif de la BNS encore plus lourd: UBS, Raiffeisen et J. Safra Sarasin. Ces établissements s’attendent à un passage du – 0,75% sur les avoirs à vue, introduit en janvier 2015, à un taux de – 1%. La BNS osera-t-elle?

«Je ne pense pas que les dirigeants de la BNS agiront en ce sens. Le président de sa direction, Thomas Jordan, avait certes fixé un taux d’intérêt négatif avec l’objectif de limiter la valorisation du franc sur le marché des changes, notamment par rapport à l’euro. Une seule mesure, en économie, ne saurait cependant résoudre tous les problèmes», relève François Savary, économiste chez le gérant de fortune genevois Prime Partners. Si les taux d’intérêt négatifs augmentent les coûts de la détention de liquidités (processus vertueux diminuant l’attrait du franc), ils affaiblissent simultanément la rentabilité des banques. Et ce mécanisme ne stimule en rien l’économie du pays.

Le rôle déterminant du sentiment général

Les banquiers suisses sont d’ailleurs fâchés. Le président de leur association, Herbert Scheidt, souhaite que la BNS renonce au plus vite aux taux d’intérêt négatifs et privilégie des interventions classiques sur le marché des changes. Mais ces opérations apporteront-elles, à elles seules, un regain de forces suffisant à l’économie du pays?

La BNS, la BCE et bien d’autres banques centrales dans le monde partagent ce souci. Les années passent et la relance de l’investissement, de la demande de crédit et de la consommation des ménages se fait toujours attendre. Une croissance économique morose se prolonge dans le monde, sans être catastrophique ni dangereuse. «À condition qu’elle ne dure pas indéfiniment», précise François Savary. Reste que la marge de manœuvre des banques centrales semble avoir atteint ses limites.
Jeudi, Mario Draghi a même souhaité que les gouvernements prennent eux-mêmes le relais, par le biais d’incitations fiscales, d’investissements dans les infrastructures et la formation. Dans les grandes lignes, le président de la BCE reprenait ainsi le message exprimé quelques jours plus tôt par celle qui va lui succéder en octobre, Christine Lagarde.

Pour réussir, des améliorations significatives sur le front de la guerre commerciale opposant les États-Unis et la Chine sont, bien entendu, impératives. «Tout est bon à prendre pour mettre un terme à la détérioration du sentiment général. Celui-ci constitue un élément déterminant de la croissance économique», rappelle François Savary.

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