Les taux d’intérêt négatifs menacent de pénaliser encore plus les épargnants

L’évolution du rapport euro-franc continue de susciter de vives émotions sur le marché des devises. Entre le printemps et l’été, la monnaie unique est passée de 1 fr. 15 à 1 fr. 10. Le 23 juillet, elle est descendue en dessous de 1 fr. 10. Une première en deux ans! Cette semaine, la baisse de l’euro par rapport au franc se poursuit: la devise européenne a ainsi passé les journées de lundi et mardi en dessous de 1 fr. 09.

Dans ce contexte, la Banque nationale suisse (BNS) ne se contentera probablement plus d’interventions ponctuelles sur le marché des changes. Tout indique que les taux d’intérêt de la Banque centrale devraient devenir encore plus négatifs. Avec toujours le même objectif: lutter contre le franc fort.

Bref rappel. L’institut d’émission helvétique a commencé le 18 décembre 2014 de prélever 0,25% sur les comptes de virement qu’elle héberge. Il a triplé la dose un mois plus tard: moins 0,75%. Vu l’orientation des courbes, ce barème ne paraît plus suffisant.

Déjà le mois prochain

«La BNS pourrait devoir renforcer ses mesures pour dompter le franc. Un nombre croissant d’économistes prévoient que la Banque centrale suisse réduise encore d’un quart de point de pourcentage son taux d’intérêt de référence. Alors qu’il est déjà le plus bas du monde», relève l’agence d’informations financières new-yorkaise Bloomberg.

Une perspective qui ne devrait guère tarder à se réaliser. «Nous nous attendons, d’ici au mois prochain, à une baisse des taux directeurs de la BNS et de ceux sur ses avoirs à vue de moins 0,75% actuellement à moins 1%», prévient Alessandro Bee, économiste chez UBS. Selon Bloomberg, deux autres banques suisses partagent des prévisions similaires: la saint-galloise Raiffeisen et la bâloise J. Safra Sarasin.

Dure nouvelle pour les épargnants! La taxation des dépôts en numéraire tend en effet à se généraliser dans les banques helvétiques. À partir de 2 millions de francs chez UBS, dès le 1er novembre. À partir de 3 millions à la Banque Cantonale de Genève, depuis le début de l’année, et dès 500 000 francs chez Julius Baer.

Mais les vrais petits, tout petits épargnants n’échappent pas non plus au châtiment, surtout en tant qu’assurés de prévoyance professionnelle. Les caisses de pension ont ainsi dû payer un demi-milliard de francs en intérêts négatifs en 2018. «Or les fonds de prévoyance ne peuvent réagir comme le voudrait la BNS. Leur rôle est d’épargner pour pouvoir payer demain les rentes des ayants droit, mais pas de dépenser plus», rappelle Jean-Pierre Béguelin, ex-chef économiste de l’autorité monétaire.

«Argent perdu»

Responsable de la politique économique à l’Association suisse des banquiers, Martin Hess exprime aussi de grands doutes: «La situation devient critique lorsque, par crainte d’une baisse des rentes, les employés se mettent paradoxalement à économiser en plus de leurs cotisations de prévoyance professionnelle, au-delà de ce qu’ils souhaitaient à l’origine. Cet argent est perdu pour l’économie, qui n’en bénéficie pas sous forme d’investissements.»

Le mal réside donc en grande partie dans une anticipation de taux d’intérêt persistant dans leur chute. Simultanément, la BNS ne saurait rester les bras croisés. Une baisse des taux directeurs de la Banque centrale européenne, de 20 points de base, semble probable au deuxième semestre. «Cet assouplissement significatif de sa politique monétaire pourrait placer le franc sous pression, du fait d’un risque de valorisation. Ce processus contraindrait dès lors la BNS à baisser ses propres taux», estime Alessandro Bee.

Dans la situation actuelle, marquée par une dégradation des perspectives conjoncturelles mondiales, nombre d’experts ne s’attendent pas à un retour à des taux d’intérêt positifs à la BNS avant 2021.

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