Les Suisses boudent la Turquie

Chez Hotelplan Suisse, les réservations pour des séjours en Turquie ont reculé de près de 40%, indique la responsable de la communication du voyagiste de Migros, Prisca Huguenin-dit-Lenoir. S’ils ne dévoilent pas l’ampleur du tassement, les concurrents Kuoni Suisse et Tui Suisse notent aussi souffrir d’un fort ralentissement de la demande.

Valeur sûre parmi les destinations de vacances des Helvètes, la Turquie ne figure désormais plus au rang des dix principaux pays pour des vacances balnéaires, relève Marcel Schlatter, le responsable de la communication de Kuoni Suisse. Outre la Turquie, des destinations comme l’Egypte et la Tunisie voient également le niveau des réservations fortement diminuer du fait des inquiétudes en matière de sécurité.

De manière générale, les voyagistes suisses observent une grande retenue de la part de la clientèle. La menace terroriste entraîne également un changement de comportement des clients, qui préfèrent désormais réserver un séjour à court terme. Si l’envie de voyage demeure intacte, les futurs voyageurs veulent d’abord s’informer de la situation au niveau sécuritaire dans la région dans laquelle ils envisagent de séjourner, estime Martin Wittwer, directeur de Tui Suisse.

Incertitudes croissantes

Dans un tel contexte d’incertitudes, Martin Wittwer observe un déplacement des destinations de vacances d’Est vers l’Ouest, de la Turquie vers l’Espagne. Le responsable de Tui Suisse veut cependant croire à une embellie en Turquie. Autre constat: les Suisses voyagent de plus en plus dans les pays voisins, alors que les séjours au pays deviennent tendance.

Du côté des séjours balnéaires, l’Espagne, le sud de la France, l’Italie et Chypre représentent les pays les plus prisés, ces régions affichant des taux de croissance à deux chiffres, ajoute Mme Huguenin-dit-Lenoir. Au regard de l’an passé, les réservations pour la Croatie ont même triplé.

Chez Kuoni Suisse, Majorque, la Grande Canarie, Ténérife ainsi que les îles Maldives sont particulièrement appréciées. Les voyageurs individuels mettent quant à eux le cap sur les pays scandinaves et l’Islande.

En Turquie, le nombre de touristes a chuté en février de 10% à 1,24 million par rapport au mois correspondant de l’an passé, soit le plus fort repli depuis dix ans, selon des chiffres du gouvernement. Pilier de l’économie turque, le tourisme emploie 7% de la population active et contribue à 4% du produit intérieur brut.

Tensions entre Ankara et Moscou

Selon les anticipations des économistes, les recettes touristiques sont attendues en baisse d’un quart cette année, soit un manque à gagner de 7,6 milliards de francs. La Turquie a été depuis le début de l’année la cible de plusieurs attentats à la bombe, dont deux attribués à l’organisation Etat islamique (EI) à Istanbul, la ville la plus visitée par les touristes dans le pays.

En janvier, un attentat-suicide a tué douze touristes allemands dans le centre historique de la ville. Plus récemment, une autre attaque a coûté la vie à trois touristes israéliens et à un Iranien. Israël a demandé à ses ressortissants en voyage en Turquie de quitter le pays «dès que possible».

La Turquie souffre aussi de la tension croissante entre Ankara et Moscou: le nombre de touristes russes a chuté de plus de la moitié en février. Les relations entre les deux pays se sont détériorées depuis qu’Ankara a abattu un avion de chasse russe qui effectuait une mission en Syrie l’an dernier.

La Russie a par la suite infligé des sanctions économiques à la Turquie, parmi lesquelles une suspension des vols charters. L’économie russe est elle-même confrontée à une crise qui a fait baisser le rouble. De la sorte, le coût des vacances à l’étranger a renchéri. (ats/nxp)

(Créé: 31.03.2016, 12h39)