Les start-up veulent parler d’une seule voix à Guy Parmelin

«Qui est-ce que j’appelle si je veux parler à l’Europe?» Remplacez Europe par start-up et Guy Parmelin aurait pu paraphraser Henry Kissinger, quand l’ancien secrétaire d’Etat américain persiflait sur les divisions européennes.

Plus prosaïquement, le conseiller fédéral a besoin d’avoir un interlocuteur parlant d’une seule voix au nom de l’écosystème de l’innovation suisse. Le nouveau chef du Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche (DEFR) a reçu lundi en mains propres un «Manifeste pour les start-up suisses». Celui-ci propose dix mesures visant à améliorer les conditions-cadres. Si l’on se fie au document, tout reste à faire. Point numéro 1, par exemple: «Créer une catégorie start-up dans la politique économique de la Suisse».

Le manifeste a été signé par 631 patrons réunissant les grands noms de l’entrepreneuriat made in Switzerland. Parmi eux, les fondateurs d’Abionic, d’Ava, de Debiopharm, de Mindmaze ou de Sophia Genetics.

Rencontre «entre Vaudois»

Coauteur du manifeste lancé au nom de l’association Le Réseau, le conseiller national Fathi Derder (PLR/VD) admet la nécessité de donner davantage de cohérence à l’écosystème de start-up, en les regroupant autour d’un seul organisme qui les représenterait devant la Confédération. Sur sa rencontre bernoise, il évoque un entretien «entre Vaudois» qui se trouvent sur la «même longueur d’onde».

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A l’annonce de sa nomination à la tête de l’Economie fin décembre, le conseiller fédéral UDC avait pourtant suscité une levée de boucliers des milieux entrepreneuriaux qui craignaient son côté agraire et son manque de maîtrise de l’anglais, la langue du web. Le quotidien New York Times s’en était fait l’écho dans un article, titré sur sa malencontreuse réponse «I Can English Understand», prononcée lors de son examen d’entrée au Conseil fédéral.

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Fathi Derder évoque des «interrogations légitimes» lorsqu’il y a un changement de chef de département mais se dit «raisonnablement optimiste» quant à l’avenir. Une rencontre entre Guy Parmelin et des représentants des start-up pourrait être organisée au cours du second semestre de l’année, «probablement en septembre-octobre», selon le conseiller national.

Réponse «en temps voulu»

Sollicité par Le Temps, le Département de l’économie se contente de préciser, via ses services de communication, qu’il reçoit «souvent des documents» auxquels il répond «en temps voulu», après les avoir examinés.

En temps voulu, les services de Guy Parmelin pourraient trouver dans le manifeste certains points chers à l’ancien ministre de la Défense. Comme la volonté de développer la cybersécurité à travers l’armée suisse. Le Réseau cite le modèle américain Darpa, une agence consacrée au financement de la recherche dans les nouvelles technologies à usages militaire et stratégique. Le ministre UDC avait, lui, lancé en septembre dernier la première volée de cyberrecrues de l’armée suisse.

Encore 400 millions à trouver

Sur le plan financier, les choses semblent également se décanter. Les start-up suisses ont levé plus de 1,2 milliard de francs l’année dernière, selon le dernier rapport Swiss Venture Capital. C’est la première fois qu’elles franchissent le cap du milliard de francs.

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De plus, début février, la Finma a donné son feu vert à la création du Swiss Entrepreneurs Fund, un fonds d’investissement d’une taille cible de 500 millions de francs, destiné à soutenir la croissance des start-up. Un point faible en Suisse où les jeunes pousses les plus prometteuses sont parfois contraintes de s’exiler pour grandir. La coopérative d’assurances La Mobilière finance la première tranche de 100 millions de francs, mais la somme restante n’est pas encore assurée.

«Il faut maintenant transformer l’essai», souligne Fathi Derder, qui propose de continuer à améliorer les conditions-cadres pour favoriser les investissements privés.

Parmi les autres mesures demandées dans le manifeste figurent un allégement de la fiscalité des startupers, la possibilité de déduire de manière illimitée les pertes opérationnelles du bilan ou la défiscalisation des investissements privés. Un volet fiscal qui nécessitera d’ouvrir la discussion au département du conseiller fédéral Ueli Maurer, issu, tout comme Guy Parmelin, du même parti agrarien.

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