Les sociétés qui veulent sauver la planète

L’investissement durable n’est pas seulement une mode, mais une tendance profonde qui répond aux besoins environnementaux (E), sociaux (S) et de gouvernance (G), en particulier d’absence de conflits d’intérêts. Il plaît d’autant plus aux investisseurs que sa rentabilité à long terme est souvent élevée.

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La performance des sociétés appartenant au Top 100 des actions durables du magazine Barron’s, la bible hebdomadaire des financiers, a atteint 34,3% l’an dernier, soit davantage que les 31,5% de l’indice phare des valeurs américaines, le S&P 500. Le classement place en tête Agilent Technologies, un leader des instruments de mesure, après la réévaluation de ses objectifs de durabilité et ses efforts en matière de réduction des déchets. Les trois suivants de ce classement sont Texas Instruments, Voya Financial, avec son conseil d’administration à 44% féminin, et Tiffany, une société capable de tracer l’origine de 80 à 90% de ses diamants polis.

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Les sociétés qui respectent le mieux les trois critères de durabilité (ESG) améliorent leurs perspectives parce qu’elles économisent leurs coûts d’énergie, attirent les talents et limitent les risques.

L’investisseur est toutefois un peu perdu face aux nombreux classements de sociétés les plus durables. Souvent on y trouve des comparaisons de branches extrêmement diverses. L’énergie rencontre pourtant d’autres problèmes environnementaux que la finance ou les semi-conducteurs. C’est pourquoi Le Temps présente ses propres idées d’actions qui veulent sauver la planète.

Belimo, un suisse leader mondial dans la climatisation

Belimo, à Hinwil, près de Zurich, est un leader mondial des servomoteurs et des vannes pour le chauffage, la ventilation et la climatisation. Comme beaucoup de réussites économiques en Suisse, c’est une entreprise familiale leader dans son domaine d’activité.

Le groupe a été fondé en 1975, à une époque où commençait à naître une plus grande conscience des coûts de la croissance. La société, largement méconnue, compte 1700 employés et sa valeur boursière atteint 2,4 milliards de francs au début 2020. L’action, à 7350 francs, s’est appréciée de 61% sur un an et de 121% sur trois ans. Les marchés financiers sont de plus en plus convaincus du potentiel à long terme de Belimo. La société profite pleinement du phénomène d’urbanisation.

Le spécialiste du chauffage et de la climatisation fait partie des dix entreprises durables suisses présentées dans l’ouvrage Innovativ. Nachhaltig. Erfolgreich. (Ars Biographica), écrit par Bernhard Ruetz et Thomas Streiff. Sa mission consiste à accroître l’efficience énergétique des bâtiments par des systèmes d’automatisation qui contribuent à la réduction des émissions de CO2. Il est vrai que 40% de la consommation mondiale d’énergie concerne l’immobilier. Ses systèmes sont employés pour satisfaire les besoins de sécurité anti-incendie et d’efficience énergétique. «Sans sacrifier le confort, nos produits permettent d’économiser 50% d’énergie, ce qui induit une baisse de 20% des émissions de CO2», déclare Lars van der Haegen, président de la direction, dans le livre cité.

Le directeur, présent dans le groupe depuis deux décennies, déplore un problème majeur chez les experts en chauffage et en aération, un manque de connaissance à l’égard du progrès technique: «Tout le monde parle d’innovation, mais en matière de réduction des émissions de CO2, la technologie est déjà présente.»

Thermo Fischer Scientific, la finance au service de la science

Multinationale américaine créée en 2006, Thermo Fischer Scientific est souvent représentée dans les fonds durables. L’entreprise est leader mondial dans le matériel de recherche et d’analyse pour les laboratoires. Son bénéfice net s’élève à 3,7 milliards de dollars en 2019, pour 25 milliards de dollars de chiffre d’affaires et 75 000 employés. En Suisse, elle est présente à Bâle, à Zurich et à Ecublens.

Les efforts de recherche et de développement (1 milliard de dollars) de ce groupe nommé pour les opportunités qu’il offre aux femmes (Women’s Choice Award) contribuent aussi à rendre le monde plus sain et plus sûr et à améliorer l’environnement. L’encouragement de l’utilisation du vélo, y compris pour la livraison de produits, lui a permis d’obtenir un certificat Cycle Friendly. Ses efforts en faveur de l’éducation scientifique des jeunes écoliers méritent aussi le respect (participation de 100 000 élèves de 22 pays). L’investisseur participe à ce succès. La hausse de l’action est régulière et significative (+150% en cinq ans)

Vetropack, une PME familiale à fort potentiel

Vetropack, avec 3291 collaborateurs pour 690 millions de francs de chiffre d’affaires (2018), est le leader de l’emballage en verre en Europe. Pour l’investisseur durable, l’entreprise de Saint-Prex (VD) plaît par sa culture du recyclage. En Europe, plus de 30 milliards de bouteilles sont recyclées chaque année. L’action a gagné 29% en un an. Mais c’est une moyenne capitalisation boursière (0,62 milliard de francs) avec une liquidité également moyenne sur le marché suisse.

Créée en 1911 par Henri Cornaz, treizième d’une famille de 15 enfants, la société appartient aujourd’hui à la quatrième génération. Elle pratique une stratégie respectueuse de l’environnement depuis des décennies. Dans les années 1970, elle employait déjà les verres utilisés comme matière première. Pour leur engagement dans le recyclage, Raymond et Jean-Daniel Cornaz ont obtenu le Prix de la liberté de la Fondation Max Schmidheiny. «Notre engagement est volontaire», commente Claude Cornaz dans le livre de Bernhard Ruetz Ethisch. Nachhaltig. Erfolreich. Preuve, selon l’auteur, que «ce n’est pas toujours sous la contrainte légale que naissent des initiatives efficientes et bonnes, mais aussi par le biais du privé.» Le verre est un produit d’emballage «durable, hygiénique et de qualité», le moyen de protection naturel des parfums, du vin et des confitures, rappelle Ruetz.

Loop, la fin de l’emballage à usage unique

Le concept de Loop, «c’est de programmer la fin de l’emballage unique», résume Guillaume Taylor, fondateur de Quadia, une société genevoise d’investissement d’impact. Emanation de TerraCycle, une société de recyclage américaine, Loop fournit des contenants réutilisables pour les glaces Häagen-Dazs à New York, et compte des partenariats avec Coca-Cola, Danone ou L’Oréal.

«La responsabilité du recyclage d’un emballage ne repose plus sur le consommateur: Loop récupère, nettoie et réutilise ses récipients – qui sont consignés, soit à travers un système de logistique, soit directement en boutique», détaille Guillaume Taylor, dont la société compte une douzaine d’employés, gère plus de 200 millions d’euros et affiche 40 entreprises en portefeuille – dont Loop. Cette dernière, d’une cinquantaine de collaborateurs, compte aussi parmi ses investisseurs Suez, Procter & Gamble et plus récemment le genevois Firmenich.

Plutôt que de marteler le massage qu’il faut consommer durable, Quadia investit directement dans des sociétés qui intègrent la durabilité dans leurs produits pour avoir de l’impact, et ce, dans les pays développés, pas dans les pays émergents.

The Renewal Workshop, pour éviter de jeter les vêtements invendus

La mode offre un autre exemple parlant. «La majorité des acteurs de l’industrie textile, un autre pollueur de la planète, ne disposent pas de système permettant de remettre en vente les articles qu’ils reçoivent en retour, ce qui est problématique sachant que l’e-commerce génère énormément de retours», enchaîne Astadjam Bamanga, également de Quadia.

The Renewal Workshop s’est positionnée sur ce segment et récupère les invendus, ainsi que les vêtements qui seraient jetés à cause de défauts mineurs. «La société les reconditionne et les vend sur son site ou via un canal secondaire de l’entreprise qui les a produits», poursuit la spécialiste. Ce qui améliore l’impact de l’entreprise et augmente ses revenus. Fondée en 2016 à Portland (Etats-Unis), The Renewal Workshop compte une trentaine d’employés aux Etats-Unis et une dizaine à Amsterdam, où Quadia a participé au financement d’une usine.

Poulehouse, pour que l’œuf ne tue plus la poule

Une autre société en portefeuille affiche un but original: garder en vie les poules pondeuses. C’est l’objectif de l’entreprise française Poulehouse, détaille Marion Schuppe, spécialiste en investissement: «Dans les élevages, les poules pondeuses sont d’ordinaire abattues lorsqu’elles atteignent l’âge de 18 mois, car elles deviennent moins productives, alors qu’elles peuvent vivre jusqu’à 6 ans. Poulehouse rémunère les producteurs pour compenser la baisse de la production et vend les œufs ainsi produits.»

Le cycle de production est ainsi élargi, mais l’intérêt est aussi environnemental, puisqu’il faut moins de ressources pour nourrir un animal adulte que pour faire grandir un poussin jusqu’à l’âge de production. Poulehouse compte une trentaine d’employés, une quinzaine de fermes sous contrat et des partenariats avec des acteurs de la grande distribution, comme Carrefour (plus de 1 milliard d’œufs par an), Monoprix ou Biocoop.

L’activité sera favorisée par des changements réglementaires à venir, notamment l’interdiction des œufs issus de poules de batterie en 2022 en France, précise encore Marion Schuppe. Poulehouse utilise également une technologie qui sélectionne les œufs pour éviter que des poussins mâles ne naissent, car, non productifs, ils sont broyés par les industriels. Un broyage qui sera également interdit en 2022.

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