Les pays de la zone Asie-Pacifique contrent Trump

Trump aboie, la caravane passe. Dans une relative discrétion, onze pays des deux rives du Pacifique ont signé vendredi dernier un accord de libre-échange. Ce dernier permettra d’éliminer 95% des barrières douanières qui renchérissent le commerce.

L’enjeu est de taille à l’heure où les inquiétudes grimpent à la suite des mesures protectionnistes prises sur l’acier et l’aluminium par l’Administration américaine. «Cet accord est positif, c’est certain», analyse Bernard Rüeger, président de la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie (CVCI). Il va soutenir les économies d’une zone vers laquelle près de 16% des exportations suisses affluent. Intéressant donc.

Les firmes suisses devraient profiter de la signature du partenariat transpacifique global et progressiste (CPTPP). Ce dernier regroupe près de 500 millions de consommateurs et pèsera l’équivalent de 15% du PIB mondial. Berne a en effet conclu de nombreux traités bilatéraux avec les pays de la zone, Chine en tête. «Nous avons des accords de libre-échange avec différents partenaires du CPTPP – Chili, Canada, Japon, Mexique, Pérou, Singapour – et négocions actuellement avec d’autres partenaires pour un accord, notamment la Malaisie et le Vietnam», précise le SECO. Un point important pour les PME exportatrices du pays.

Rester compétitifs

Ces accords de libre-échange permettront par ailleurs aux PME suisses de ne pas perdre en compétitivité face aux entreprises de la zone Asie-Pacifique. Ces dernières vont en effet profiter de la suppression des barrières douanières à l’intérieur de la région. Un phénomène de nature à doper les échanges intrazone.

La signature de l’accord CPTPP a parallèlement une portée symbolique forte. À l’origine, ce partenariat devait aussi inclure les États-Unis. Le retrait américain fut l’un des tout premiers actes officiels de Donald Trump, début 2017, marquant l’entrée de Washington dans une nouvelle ère protectionniste.

Vives réactions

Le changement des règles du jeu par la première économie mondiale n’est pas apprécié par ses partenaires. Les économistes redoutent que les velléités protectionnistes provoquent un ralentissement global de l’économie. Les réactions ont d’ailleurs été vives lorsque l’Administration américaine a annoncé la mise en place des taxes sur l’acier et l’aluminium. De Tokyo à Berlin en passant par Pékin et Bruxelles, les mesures ont été vivement dénoncées en fin de semaine dernière. En Suisse, l’organisation faîtière EconomieSuisse s’est également inquiétée. La crainte que l’économie ne souffre est réelle: «La situation s’aggraverait si les contre-mesures des partenaires commerciaux des États-Unis conduisaient à une escalade. Un tel développement aurait des conséquences négatives sur les exportations suisses et les investissements directs.»

Heureusement, la croissance se rééquilibre au plan mondial. L’Asie et le Pacifique connaissent un fort développement économique. «Là-bas, les gens ont faim au sens figuré du terme, ils sont plus dynamiques que les Occidentaux», observe Bernard Rüeger. Selon la Banque mondiale, les économies de la région vont avancer de 6,2% en 2018, soit à un rythme deux fois plus élevé que la moyenne mondiale. «Les besoins liés à la consommation et aux infrastructures vont soutenir la croissance de ces pays au cours des prochaines années», ajoute-t-il.

À l’heure où les États-Unis se ferment, l’Asie-Pacifique s’ouvre. Aux PME suisses d’essayer d’en profiter. Nicolas Pinguely

(TDG)

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