Les marchés souhaitent un Brexit net et précis

Georges Soros avait eu raison. Le milliardaire qui, en 1992, avait lancé un raid monétaire contre la livre sterling et forcé la Banque d’Angleterre à une dévaluation, avait prévenu: le 24 juin serait un vendredi noir pour les bourses et pour la livre sterling.

Le Brexit a d’abord fait dégringoler la monnaie britannique de 12% en quelques heures. Elle a ainsi touché son plus bas niveau depuis 1985, à 1,32 dollar. Puis elle est remontée vers 1,37, en fin de journée.

La livre était la victime la plus directe du choc qu’ont subi les marchés financiers. Même si la déconvenue avait commencé en Asie, notamment au Japon, alors que les résultats provisoires contredisaient de plus en plus les derniers pronostics.

Les traders étaient préparés

Surpris par le résultat du vote, les traders et les investisseurs étaient cependant préparés à ce rendez-vous. Les banques avaient organisé des task force et préparé des litres de café, les ordres automatiques étaient enregistrés. «J’ai travaillé jusqu’à minuit et je suis revenu à 4h30 ce matin», nous confiait, Red Bull en main, Vincent Juvyns, le stratège de JPMorgan Asset Management.

Cette anticipation n’a pas changé la donne. Dès l’ouverture, à 9 heures, les bourses européennes ont enregistré des chutes similaires à celles qui avaient suivi la faillite de Lehman Brothers, en 2008.

Le Dax allemand et le CAC40 français chutaient de 10%. A Londres, le FTSE plongeait jusqu’à -7%, tandis qu’à Zurich, l’indice SMI limitait la casse, comme souvent, grâce à ses trois poids lourds au profil rassurant que sont Nestlé, Roche et Novartis. Les principales victimes de ces ventes massives, mais de loin pas les seules, sont les valeurs bancaires. Barclays et Lloyds ont reculé de plus de 20%.

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De Francfort à Paris, en passant par Zurich, les actions de Deutsche Bank, Credit Agricole, Credit Suisse ou UBS ont elle aussi plongé de 10% à 20%, effaçant en quelques minutes les gains réalisés ces derniers jours, lorsque le risque de Brexit semblait s’éloigner.

Banques centrales à la rescousse

En face, les achats se sont concentrés sur les valeurs refuges. La ruée a concerné le franc suisse, le dollar, l’or, le yen, les bons du Trésor américain et les Bunds. L’obligation souveraine allemande à 10 ans est tellement recherchée que son rendement est désormais négatif – comme en Suisse, il faut payer pour prêter à l’Etat fédéral allemand.

Malgré les déclarations en chaîne des banques centrales, qui ont déclaré tour à tour être prêtes à injecter des milliards dans le système financier, les marchés ont été à peine apaisés. Wall Street a limité ses pertes entre 2 et 3% et les bourses européennes ont terminé la journée entre -3,44% (Zurich) et -12,48% (Milan)

Des points de croissance en moins

Et après? «Le fait que les marchés n’aient jamais totalement intégré le Brexit et le rebond des jours précédents font penser que la pression va perdurer dans les prochains jours, écrit Christophe Donay, le chef de la recherche de Pictet Wealth Management. La stabilisation aura lieu lorsque les intervenants regarderont quelle forme va prendre le Brexit.»

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A ce stade, les pronostics diffèrent. Mais un enjeu met tous les experts d’accord: il faut des négociations nettes et rapides entre Bruxelles et Londres. Standard & Poor’s estime que la période transitoire qui s’ouvre va de toute façon coûter des points de croissance. Un demi-point en zone euro l’année prochaine, par exemple.

Avant même le jour d’après, le premier effet du Brexit est déjà clair: l’économie et les marchés européens devraient autant, voire plus, en souffrir que le Royaume-Uni.


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