Les libraires plient, mais ne rompent pas

Le prix du livre a baissé l’an dernier en Suisse au détriment de la marge des libraires.
Pourtant, les consommateurs, grands gagnants de la manoeuvre, n’en ont que moyennement profité.

«La suppression du taux plancher nous a compliqué la tâche», constate Natacha Décoppet, directrice de la communication pour Payot. «Et tout le monde a dû faire un effort», souligne Patrice Fehlmann, directeur de l’Office du livre de Fribourg (OLF).

Les librairies suisses ont baissé leur prix pour coller à l’euro. Mais ils y ont perdu des plumes, indiquent les bouquinistes sondés par l’ats. «Notre chiffre d’affaires a baissé de 8%: c’est une très mauvaise année», s’exclame Thomas Liechti, le patron de LibRomania à Berne.

En moyenne, le chiffre d’affaires a chuté de 5,7% outre-Sarine, selon l’Association des libraires et éditeurs de Suisse alémanique (SBVV). Leur pendant romand n’articule aucun chiffre, mais la tendance est la même.

«Nous avons baissé le prix de 10 à 15%», note Marie Musy, responsable de la librairie du Midi à Oron (VD). Le bouquiniste applique le prix fixé par les distributeurs qui ont réagi de manière très disparate.

La marge bénéficiaire a souffert. «Nous avons fourni le même effort mais gagné moins», résume Thomas Liechti.

L’année a aussi été difficile pour la librairie Albert le Grand à Fribourg. «La situation est un peu scabreuse, car les charges et les salaires restent les mêmes», complète Chantal Nicolet Schori, responsable de La Méridienne, à La Chaux-de-Fonds.

Beaucoup moins cher

Le prix moyen d’un livre en Suisse en 2015 s’est établi à 19,95 francs, en calculant tous les domaines et toutes les formes d’édition y compris les e-books. L’année précédente, la moyenne se trouva111111it à 21,50 francs et en 2008 à 25 francs, rappelle la SBVV.

Si le volume de livres vendus n’a pas chuté, les ventes n’ont pas non plus décollé, affirment les libraires. Payot a «maintenu ses ventes par rapport à 2014».

La responsable de La Méridienne déclare qu’elle s’en est bien tiré. Côté alémanique, on observe même une diminution du nombre d’ouvrages achetés par rapport à 2013, selon les données publiées sur le site de la SBVV.

L’absence d’un fichier commun à toutes les librairies romandes empêche d’établir une tendance claire. Mais, selon Chantal Nicolet Schori, «il est de toute façon trop tôt pour savoir si la baisse des prix influence les lecteurs ou non». Car si le livre est vendu jusqu’à 20% moins cher qu’il y a dix ans, les clients ne s’en rendent pas compte, regrette Patrice Fehlmann.

Les consommateurs comparent avec les pays limitrophes, ce qui les encourage au tourisme d’achat ou à la commande en ligne, analyse-t-il. Thomas Liechti dénonce aussi les publicités incitant à se fournir hors des frontières.

Brochure explicative

Le prix en euros figure sur les couvertures des ouvrages édités en France. Au moment de la parité des devises, «nous avons eu beaucoup de commentaires mécontents», révèle Natacha Décoppet. Tellement que l’enseigne a produit en février 2015 une petite brochure explicative sur le prix des livres.

La démarche s’inscrit dans son travail permanent de communication, de service et de conseil, selon la porte-parole. A La Méridienne, on choie aussi particulièrement la proximité avec les lecteurs. Des aspects que bichonnent également les autres bouquinistes.

«Le fait qu’ils viennent râler est en soi bon signe», analyse Natacha Décoppet. «Ils nous restent fidèles». «Ils savent que tout est commandable», soutient la librairie Albert le Grand qui dispose de trois étages d’ouvrages en tous genres.

Le bilan n’est donc pas si noir. L’odeur particulière des librairies, les milliers d’ouvrages bien alignés et le murmure du papier ont conquis les acheteurs en décembre. De quoi remotiver les troupes des deux côtés de la Sarine.

Et janvier s’est inscrit dans cette même émulation, confient les bouquinistes. Alors pour 2016, ils touchent du bois et comptent sur la stabilité, «même si on ne sait jamais ce qui pourrait se passer», conclut Natacha Décoppet. (ats/nxp)

(Créé: 15.02.2016, 10h11)