Les femmes appelées à pallier la pénurie de main-d’œuvre

Quelques jours avant la rentrée de l’automne 2018, l’organisation Sens de construction s’offrait une petite vitrine à la gare centrale de Zurich. Le but: mettre en avant des apprenties et des femmes peintres, spécialistes des échafaudages ou autres métiers du bâtiment pour inciter d’autres femmes à envisager cette voie. Quelques semaines plus tard, la même association tenait une conférence de presse, cette fois pour dire qu’il manquait 3000 apprentis pour cette même rentrée.

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Il est trop tôt pour parler des résultats de cette opération de séduction, précise ces jours l’association. «Les nouveaux contrats d’apprentissage seront connus dans toutes les branches d’ici au mois d’août», justifie une porte-parole, qui ajoute: «En plus, le processus de choix d’un métier dure souvent deux ans, donc on ne s’attend pas forcément à un énorme changement pour 2019.» Pour Sens de construction, «ce n’était de toute façon pas l’intention. Les changements d’image prennent du temps et il faut de la patience.»

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Pilier de la stratégie de Swissmem

Il ne s’agit pas d’éthique. La question est purement pragmatique et concerne toujours plus de secteurs. Chez Swissmem aussi, par exemple, attirer les femmes est un enjeu pour pallier le manque de main-d’œuvre. C’est même l’un des trois piliers de sa stratégie contre la pénurie de spécialistes, à côté de la promotion de la relève et de celle des seniors. La faîtière de l’industrie incite les entreprises à améliorer «la conciliation de la profession et de la famille», à réfléchir à des solutions de garde, à ne pas fixer de réunion en dehors des horaires de 9h-17h, à côté de toute une série de mesures qui figurent désormais dans la convention collective de la branche.

Par ailleurs, l’organisation vise l’«encouragement précoce des jeunes filles» via des événements comme Tecmania, ou participe aux journées techniques pour jeunes filles lancées par IngCH, l’association suisse des ingénieurs. Swissmem a en outre créé le SwisswoMEMclub en 2015 pour rassembler les femmes actives dans la branche. Le but affiché est de permettre d’«échanger les expériences, se renseigner et nouer des contacts», de même que de «motiver les femmes à s’établir dans la branche MEM et d’y rester à long terme». L’organisation recouvre un secteur qui emploie 320 000 salariés en Suisse, mais elle ne dit pas quel pourcentage sont des femmes.

De fait, une étude d’EY publiée fin mars faisait elle aussi un résumé du problème: le manque de main-d’œuvre qualifiée préoccupe l’industrie. «Une entreprise sur quatre souhaite procéder à de nouvelles embauches dans les mois à venir, mais deux tiers d’entre elles font état de difficultés pour trouver et recruter des collaborateurs disposant des compétences adéquates», révèle le sondage réalisé auprès de 218 sociétés.

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