Les faux steaks alimentent l’euphorie végane

Alors que les premiers parfums de grillades s’échappent des balcons et jardins, le véganisme aiguise plus que jamais l’appétit des investisseurs. Il n’y a qu’à observer la performance en bourse du plus célèbre des spécialistes du steak végétal, l’américain Beyond Meat, dont l’action a gagné près de 600% (à 170 dollars) par rapport à son prix initial, lors de son entrée au Nasdaq le mois dernier (25 dollars).

«C’est la première société cotée purement orientée dans le développement d’alternatives végétales à la viande. Et ce sous forme de produit fini. D’où son attrait», résume Vincent-Frédéric Mivelaz, analyste chez Swissquote.

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Alléché, le géant vaudois de l’alimentation Nestlé laissait entendre la semaine passée que son partenariat pour l’élaboration du Big Mac végane de McDonald’s pourrait être étendu au-delà des frontières de l’Allemagne – dans la foulée, les titres des deux multinationales ont gagné quelques points de pourcentage en bourse. Idem pour le premier producteur de viande américain, Tyson Foods, qui annonçait il y a quelques jours le lancement de ses nuggets végétaux.

Un marché juteux

Après les spécialistes du produit fini, les analystes s’attendent à ce que cet engouement pour les protéines végétales profite à d’autres acteurs de l’agroalimentaire. Notamment les producteurs de céréales (colza, soja, etc.) et les négociants en matières premières.

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Le faux steak s’annonce juteux, avec un potentiel de marché évalué à 7,5 milliards de dollars d’ici à 2025, contre 4,2 milliards aujourd’hui, selon une étude de Bank of America Merrill Lynch. Selon son équipe de recherche, le scénario est d’autant plus plausible que «les coûts des produits de nouvelle génération, comme la viande cultivée en laboratoire, ont chuté de 99,7% ces six dernières années».

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L’institut de recherche Euromonitor, lui, avance le chiffre de 10 milliards sur le long terme, estimant que les substituts de viande pourraient suivre le même scénario que les alternatives végétales au lait (13% de parts de marché aujourd’hui).

En parallèle, les modes de consommation changent: «Les problèmes de santé liés à la consommation de viande rouge et transformée coûtent 285 milliards de francs chaque année», souligne encore Bank of America Merrill Lynch, citant une étude publiée l’an passé par l’Université d’Oxford. Des données qui favorisent le flexitarisme, note la banque américaine, soit une consommation de viande limitée.

Produit de niche

Vincent-Frédéric Mivelaz, de Swissquote, tempère toutefois cet enthousiasme, appelant à ne pas surestimer ce potentiel: «Ces alternatives végétales à la viande restent un produit de niche qui s’adresse à une clientèle aisée dans les pays développés.» Si, en Suisse, la consommation de viande tend à baisser – de 3% par habitant en 2018, selon l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG) –, au niveau mondial son commerce progresse, porté par les pays émergents, selon la FAO (agence onusienne pour l’alimentation et l’agriculture).

Par ailleurs, à titre indicatif, le prix d’une barquette de steaks végétariens flirte avec les 10 francs en supermarché, soit près du double de celle de steaks hachés à la viande. De quoi potentiellement rendre ses lettres de noblesse à la salade de pois chiches ou de lentilles.

L’euphorie sur les marchés est ainsi appelée à se poursuivre: «Dans un contexte de taux bas, la quête de rendement pousse les investisseurs à prendre davantage de risques», note encore l’analyste de Swissquote. Avec pour corollaire la menace d’importantes corrections, à court terme, de l’ordre de 30%, comme cela a été le cas la semaine dernière, après que la banque d’affaires américaine JPMorgan eut jugé le prix de l’action de Beyond Meat trop élevé.

Le titre avait aussitôt chuté de 25%. Un accident de parcours qui n’a pas découragé son concurrent, Impossible Foods, qui s’apprêterait lui aussi à faire son entrée sur les marchés.

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