Les entrepreneurs sociaux améliorent la vie de millions de gens

Lorsque j’ai créé la Fondation Schwab pour l’entrepreneuriat social en 1998 avec Klaus Schwab, personne ne savait ce qu’était un entrepreneur social. Ils étaient les héros rares et méconnus de leurs pays et communautés respectifs, travaillant dans l’ombre pour tester de nouvelles approches et s’attaquer aux défaillances profondes du marché ou du gouvernement.

Il y a vingt ans, nous avons vu dans l’entrepreneuriat social l’avenir de l’évolution des organisations et nous avons ressenti le besoin de faire connaître ces approches – ainsi que les entrepreneurs sociaux – aux dirigeants mondiaux.

Au cours de ces premières années, les entrepreneurs sociaux travaillaient dans un relatif anonymat. Il leur était souvent difficile d’atteindre des décideurs de haut niveau, capables de les soutenir ou de s’associer à eux, et ils étaient régulièrement mal compris par les autorités, le secteur privé, les financeurs, les médias et le grand public.

Nous avons créé la Fondation Schwab pour l’entrepreneuriat social car nous avons senti l’émergence imminente d’une approche distincte et plus innovante visant à atténuer les problèmes liés à la pauvreté et aux défis sociaux et environnementaux. Nous avons vu une nouvelle génération de pionniers se consacrer à trouver des moyens d’arriver à de véritables changements dans le monde qui les entoure.

Des innovateurs créatifs

Comme le monde a changé en vingt ans! Aujourd’hui, les entrepreneurs sociaux sont perçus comme des innovateurs créatifs, souvent les premiers à voir l’opportunité de concevoir des solutions aux problèmes du monde.

Le chemin de l’entrepreneuriat social reste cependant bien solitaire. En tant que révolutionnaires au service des autres, nous avons été inspirés par leur humanité, leur rejet du statu quo, leurs valeurs profondément ancrées, leur engagement envers ceux qu’ils représentent et servent et leur acharnement à surmonter les défis au fil des décennies. Même vingt ans après la création de la Fondation Schwab, je suis toujours frappée par les efforts inlassables de cette communauté.

Alors que nous nous réunissons pour la 50e réunion annuelle à Davos-Klosters, c’est avec un grand plaisir que je partage le parcours de la Fondation Schwab et le travail bouleversant des entrepreneurs sociaux, présents dans plus de 190 pays. Ensemble, ils ont construit un nouveau modèle de transformation économique, sociétale et politique.

Le «Rapport d’impact de la Fondation Schwab»* souligne ce travail. Et, plus important encore, il se concentre sur la façon dont l’innovation sociale offre un paradigme pour des modèles de travail alternatifs alors que nous sommes confrontés à des défis majeurs pour notre planète, nos sociétés et nos économies. Ces modèles alternatifs se sont avérés très efficaces – plus de 622 millions de personnes ont été directement affectées par le travail des organisations de la communauté de la Fondation Schwab.

Le «stakeholder capitalism»

Les conclusions de ce rapport remettent en question la notion selon laquelle les modèles d’innovation sociale sont de petits îlots de succès perdus dans un océan de problèmes mondiaux. Bien au contraire, la puissance du travail collectif fait ressortir un effet cumulatif qui ne peut être ignoré ou marginalisé. Imaginez la capacité combinée de tous les innovateurs sociaux dans le monde!

Ces innovateurs sociaux ont mis au point des approches durables et des modèles commerciaux inclusifs. Ils ont démontré que les modèles de capitalisme des parties prenantes (stakeholder capitalism) fonctionnaient.

La Fondation Schwab cherche ainsi à impliquer tous les acteurs dans la création de valeur sociale et économique. Les entrepreneurs sociaux ont prouvé que les employés, les clients, les fournisseurs, les communautés locales et l’environnement pouvaient bénéficier de ces nouveaux modèles de changement.

La vision des entreprises, du gouvernement et de la société civile en tant que parties prenantes égales dans les biens communs mondiaux – inscrite à l’origine dans le manifeste de Davos de 1973 et adaptée cette année dans le manifeste de Davos de 2020 – est encore plus pertinente aujourd’hui, alors que nous voyons les responsabilités des entreprises évoluer pour assurer un avenir collectif et partager la vision d’une économie inclusive et équitable sur une planète durable.

Pour ce faire, nous allons à présent faire grandir cette communauté d’entrepreneurs sociaux, mais aussi élargir notre mission en invitant un groupe plus large d’innovateurs sociaux – y compris ceux des entreprises, des gouvernements et des universités – à nous rejoindre. Nous devons entrer dans un tournant en matière de progrès, où les modèles visionnaires et les leçons des dernières décennies d’innovation sociale deviendront un système général pour le changement.


Hilde Schwab est présidente et cofondatrice de la Fondation Schwab pour l’entrepreneuriat social.


* Le rapport mentionné sera publié le 17 janvier et sera disponible sur ce site.

monchange.ch