Les enquêtes «Paradise Papers» honorées par un Prix

Au mois de novembre 2017, les «Paradise Papers» déferlaient dans de grands titres de presse à travers le monde. En Suisse romande, «Le Matin Dimanche», la «Tribune de Genève» et «24 heures». Ces révélations tirées des 13,5 millions de données confidentielles subtilisées au cabinet d’avocats Appleby avaient alors éclairé le public sur les montages offshore proposés aux entreprises et grosses fortunes dispersées aux quatre coins du monde.

En Suisse, les huit journalistes de la cellule enquête de Tamedia, membres du Consortium international des journalistes d’investigation, ont ainsi contribué à mettre sous le feu des projecteurs plusieurs personnalités et entreprises. Leurs enquêtes ont été diffusées avec une grande rigueur dans les faits et un souci tout particulier de vulgarisation. Glencore était par exemple visé par une enquête des autorités boursières canadiennes en République démocratique du Congo avec sa filiale locale Katanga. Cette dernière aurait omis de communiquer les risques de corruption de certaines de ses affaires en RDC, comme l’avait confirmé le groupe minier.

Ce travail a été récompensé mardi par le prestigieux Prix zurichois du journalisme (Zürcher Journalist Preis 2018). «Cette série n’est pas seulement une riche enquête, mais aussi une histoire brillante et bien racontée», ont estimé les membres du jury.

Un travail d’équipe

Oliver Zihlmann, en charge de cette cellule enquête commune à tous les titres du groupe Tamedia, salue non seulement la force d’un travail d’équipe sur le plan national, mais également au plan mondial. Il se dit surtout très satisfait qu’une telle récompense puisse être décernée en Suisse, malgré une thématique sensible pour un pays qui a longtemps servi de paradis fiscal.

Dans les révélations les plus intéressantes parues à l’époque, les «Paradise Papers» avaient permis de dévoiler la manière dont Jean-Claude Bastos, un entrepreneur fribourgeois, gérait le fonds souverain de l’Angola depuis 2014. Pour mémoire, sa société zougoise, Quantum Global, percevait ainsi entre 60 et 70 millions de frais de gestion par année, dont une partie terminait sa course dans un compte privé du Fribourgeois. À cela s’étaient ajoutés les investissements controversés opérés par le fonds, puisque certains projets étaient réalisés par des sociétés appartenant à l’entrepreneur. Le plus important d’entre eux concernait la construction d’un port en eaux profondes au Cabinda. En tout, 180 millions étaient en jeu dans le cadre de ce chantier géré par une entreprise de Jean-Claude Bastos et impliquant une autre Suissesse, Monika Ribar. Jusqu’en juin 2016, la présidente des CFF a été membre du conseil d’administration de la société (basée dans les îles Vierges britanniques) qui gère le projet portuaire et dont les comptes bancaires sont désormais gelés.

Depuis les révélations parues grâce aux «Paradise Papers», l’empire du milliardaire suisse s’effondre. Après le gel de centaines de millions de dollars à l’île Maurice, un tribunal britannique décidait, il y a deux semaines, de bloquer quelque 3 milliards d’avoirs appartenant à Jean-Claude Bastos ou à ses entreprises. Quant au fonds souverain, l’Angola lui en a finalement retiré la gestion.

Des retombées concrètes

Une conclusion saluée par Oliver Zihlmann: «L’évolution d’une telle affaire donne du sens et de la valeur au journalisme d’investigation. Il y a un vrai intérêt public à établir ce genre de faits tant en termes de transparence que d’évolutions législatives», estime le journaliste. Depuis les révélations sur Glencore, le parlement envisage de renforcer les règles pour les entreprises de matières premières. (TDG)

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