Les désaccords sur le plan de relance minent l’UE

«Nous devons montrer à nos citoyens que l’Europe les protège. Pour eux, nous devons garder la tête haute», clamait mardi Mario Centeno dans une vidéo publiée en ligne. Quelques heures avant une séance jugée cruciale des ministres des Finances européens, le président portugais de l’Eurogroupe appelait ses confrères à s’accorder sur ce plan de relance qui doit redonner espoir à des millions de gens touchés de plein fouet par la crise liée au Covid-19 sur le Vieux-Continent.

Même si les marchés sont moins frileux ces jours, cet appel solennel a surtout permis au politicien de rappeler l’échec survenu deux semaines plus tôt. Après plus de deux heures de palabres, les ministres n’étaient pas parvenus à se mettre d’accord, preuve du fossé existant une nouvelle fois entre les pays du Sud et ceux du Nord de l’Europe.

Deux options contestées

Plusieurs options sont actuellement sur le tapis et emportent les faveurs ou les contestations des divers membres de l’UE. Deux en particulier sont à l’origine de la discorde actuelle. D’un côté, il y a les fameux «coronabonds» (forme revisitée de l’ex-eurobond), dont la particularité consisterait à viser une mutualisation de la dette ou la composition d’un fonds de solidarité à l’échelle européenne. Des options intolérables aux yeux des pays dits «frugaux» comme l’Allemagne, les Pays-Bas ou encore l’Autriche. Après la crise de 2008-2009, Angela Merkel avait par exemple promis qu’il n’y aurait jamais ce type de bons de son vivant. Si pour l’instant la fronde est menée par la Hollande, le silence allemand laisse penser que la première puissance européenne restera impassible.

Le problème est que la solution proposée en échange ulcère les pays du Sud, puisqu’il s’agirait de remettre en place le Mécanisme européen de stabilité (MES) imaginé en 2012 et basé sur un système de garanties apportées par les États, soit une option incluant «un programme d’ajustements macroéconomiques». Même si les pays du Sud font partie des nations les plus touchées, ils estiment que la situation signifierait de devoir procéder à de nouveaux programmes d’austérité, comme lors de la dernière crise des dettes souveraines. «Aux yeux des Italiens, cela reviendrait à une mise sous tutelle humiliante et d’autant moins tolérable qu’aucun «choc asymétrique» ne la justifie cette fois», explique au «Figaro» l’essayiste française Coralie Delaume.

Au moment de boucler cette édition, plusieurs heures après le début de leur réunion, les ministres n’avaient toujours pas opté pour un plan de bataille à présenter à leurs gouvernements respectifs. La longueur des débats montre à quel point les divisions sont grandes et l’avenir de l’UE fragile. «Il est difficile de dire quand ça éclatera. Il me semble en tout cas que l’Union européenne vient de prendre un coup très dur cette fois-ci», estime l’auteure de «La fin de l’Union européenne».

Créé: 07.04.2020, 23h03

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