«Les compagnies regretteront la fin de l’A380»

La nouvelle était attendue depuis trois bonnes années. L’émotion n’en était pas moins palpable, jeudi matin, lorsque Airbus a annoncé la fin de la production de son très gros porteur, l’A380, dès 2021. «Les compagnies le regretteront», déplore Ingolf Planer, directeur général d’Alu Menziken, important sous-traitant de l’avionneur européen, domicilié en Argovie.

La firme de Reinach se distingue dans les travaux de finition métalliques. Elle est donc intervenue sur les 234 A380 livrés entre le 27 avril 2005, à 10 h 29 (date et heure du décollage du vol inaugural à l’aéroport Toulouse-Blagnac) et le 31 janvier dernier. À raison de plus de 6 tonnes de matériaux divers placés dans chacun de ces aéronefs.

Ingolf Planer estime que les transporteurs aériens ont commis une erreur, faute d’assurer une demande suffisante pour la pérennité de la production de l’A380. Il en veut pour preuve les prévisions de croissance que l’IATA (Association internationale du transport aérien) a elle-même présentées en octobre: le nombre de passagers transportés par les airs passerait d’environ 4 milliards actuellement au double en moins de vingt ans. Cette évolution étant favorisée tout particulièrement par l’essor des marchés chinois et indiens.

«Nous estimons donc que l’ère des très gros porteurs est encore à venir. Entre les métropoles, les couloirs aériens s’avèrent en effet surchargés», rappelle le patron d’Alu Menziken, cité dimanche dans l’hebdomadaire zurichois «SonntagsBlick».

Tous les fans de l’A380, et les 3000 employés directement concernés par la décision de la firme, se trouvent dès lors contraints de se rendre à l’évidence: un chef-d’œuvre industriel ne se mue en succès qu’en arrivant au moment opportun sur un marché. Le «joyau» de Toulouse n’a en effet pas pu résister à la concurrence d’avions eux aussi voués aux vols long-courriers, mais plus légers et équipés de solutions de motorisation plus compétitives.

Et l’avionneur européen avait lui-même développé des alternatives fort convaincantes à l’A380. Il s’agit notamment de l’A330-900 et de l’A350-900. Le groupe Lufthansa, propriétaire de la compagnie bâloise Swiss, s’est déjà exprimé en 2015 sur un des principaux atouts du deuxième appareil: «L’A350-900 consommera 2,9 litres de carburant par siège aux 100 kilomètres, soit 26% de moins qu’un Boeing 747-400.»

Juste après avoir annulé les commandes de 39 A380 sur 162, la compagnie Emirates a elle-même passé commande jeudi de trente A350-900 et quarante A330-900. Vu les performances commerciales prometteuses de ces appareils, Alu Menziken n’a évidemment pas manqué de se repositionner entre-temps.

(TDG)

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