Les cadeaux à l’entrée offerts aux locataires mettent en colère l’Asloca

Collée sur la vitre d’un des wagons du M1 – le métro qui relie Lausanne à Renens – une récente publicité interpelle. «Jusqu’à deux mois de loyer net offert», indique-t-elle en faisant référence à des appartements flambant neufs proposés à la location à Chavannes-près-Renens, dans l’agglomération lausannoise.

Pourtant, comme à Genève, ce que l’on appelle le Grand-Lausanne reste considéré comme une zone très tendue en termes de taux de vacance. Depuis des années, les études s’enchaînent et rabâchent inlassablement la même information, à savoir qu’il y a pénurie d’objets locatifs dans les grandes agglomérations.

Détente en périphérie

Alors comment expliquer qu’une régie en vienne à y offrir des mois de loyer? «Cela confirme que la détente du marché entamée depuis 2015 commence à atteindre les grandes villes», répond Hervé Froidevaux. Le directeur pour la Suisse romande de la société de conseil immobilier Wüest Partner rappelle toutefois que ce type de propositions existe depuis longtemps. C’est notamment le cas dans l’immobilier commercial et de bureaux, un marché confronté à une suroffre générale. «Depuis quelques années, nous avons également constaté l’apparition d’annonces similaires dans le locatif et cela dans plusieurs régions dites périphériques, à l’exemple du Chablais, de Fribourg ou encore en Valais», assure le spécialiste.

Sur le principe, le geste serait louable s’il ne bloquait pas la baisse des prix tant espérée par les locataires. «Au vu des nombreux projets qui sortent ou sont en train de sortir de terre, les régies ont conscience qu’il plane sur leur tête un risque croissant d’ajustement des loyers. Comme elles n’ont clairement pas envie de les baisser, elles l’évitent en adoptant de telles gratuités de loyers», explique Hervé Froidevaux en précisant que cette solution n’est pas viable sur le long terme.

Une offre qui révolte l’Asloca

Sans trop de surprises, cette manière de faire énerve l’Asloca. «Plutôt que de réduire enfin les loyers, les sociétés immobilières préfèrent mettre en place de telles stratégies pour retarder au maximum l’échéance et continuer de piéger leurs locataires», s’offusque Pierre Zwahlen, secrétaire général adjoint de l’association.

En allant regarder les prix du projet de Chavannes-près-Renens, ils apparaissent effectivement élevés. Les 3,5 pièces de 70 à 75 m2 tournent autour des 2000 francs sans les charges.

La colère s’accroît au sein de l’Asloca au vu de l’évolution globale des loyers en Suisse. Au début de juin, cette dernière démontrait qu’ils ne connaissent qu’une seule direction: vers le haut. «Des loyers en baisse? Ce ne sont que des «infox», réagissait son président, Carlo Sommaruga. L’indice de l’Office fédéral de la statistique montre que les loyers ont grimpé de plus de 17% depuis 2005, alors que le renchérissement restait inférieur à 5% durant le même laps de temps.»

À cela s’ajoutent de fortes désillusions politiques survenues en milieu de semaine passée. «La majorité du Conseil national déclare la guerre aux locataires», titrait l’Asloca dans un communiqué. Tout en refusant une motion du Conseil des États qui chargeait le Conseil fédéral d’élaborer une révision équilibrée des règles de fixation des loyers, le National a adopté plusieurs initiatives jugées très défavorables aux locataires par l’Asloca.

La première, déposée par Olivier Feller (PLR/VD), consiste à «moderniser les modalités de calcul du rendement admissible en droit du bail». Suivent celles du conseiller national Philippe Nantermod (PLR/VS). Ce dernier propose notamment de «réformer le système actuel de loyers abusifs». Cette idée est perçue par l’Asloca comme une manière d’abolir la protection contre les abus là où ne sévit plus la pénurie. «Le problème est que la loi de l’offre et de la demande s’applique très mal dans ce secteur. Pour preuve, au lieu de réduire les loyers, les bailleurs préfèrent offrir des mois gratuits, voire laisser des appartements vides», regrette Pierre Zwahlen.

Pour en revenir à l’offre proposée à Chavannes-près-Renens par la Régie du Rhône, elle semble encore inédite et exceptionnelle pour une agglomération de cette taille. En interrogeant le bailleur sur l’origine d’une telle proposition, ce dernier préfère tendre le micro au propriétaire du projet en question: l’assureur Helvetia.

Par l’entremise de leur responsable de la communication, Roswitha Thurnheer, cette dernière répond que ces biens représentent la première étape de développement du quartier. «Les travaux de construction dans la région et dans les prochaines étapes sont encore en cours. Pour les locataires, cela est associé au bruit et à d’autres émissions lors de la construction. Pour cette raison, une remise est accordée», explique-t-elle.

Boîte de Pandore?

En agissant de la sorte, Helvetia pourrait toutefois avoir ouvert la boîte de Pandore. Au vu des nombreux projets en cours de construction dans le Grand-Lausanne et des nouvelles alertes venues de la FINMA et de la BNS sur un risque de surchauffe du marché immobilier, son exemple pourrait en effet en inspirer d’autres afin de maintenir tel quel le marché et repousse au maximum le moment où il faudra commencer enfin à réduire les prix des logements.

(TDG)

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