Les bénéfices des banques privées se sont envolés en 2017

Des bénéfices nets et des masses sous gestion en forte progression ont caractérisé les résultats 2017 des banques privées, à Genève comme dans le reste du pays. Les acteurs genevois affichent des hausses de leur bénéfice net comprises entre 17% (Lombard Odier, à 146 millions de francs) et 36% (Pictet, 572 millions), un niveau globalement supérieur à celui des établissements alémaniques que nous avons sélectionnés à titre de comparaison (Julius Baer, J.Safra Sarasin et Vontobel). Les masses sous gestion genevoises ont pour leur part progressé de 6% (UBP, à 125,3 milliards) à 17% (Lombard Odier, à 274 milliards) l’an dernier. Des résultats largement aidés par les marchés porteurs de 2017.

Les afflux nets de fonds ont été positifs à Genève – sauf chez Edmond de Rothschild (-2,4 milliards, expliqués par «le recentrage du groupe sur ses clients et marchés prioritaires») et à l’UBP (-1,2 milliard). Cet indicateur très suivi a néanmoins des limites, puisque les banques ne communiquent généralement pas le détail de ces afflux de fonds, entre avoirs privés, asset management, fonds en dépôt, devises concernées – autant de facteurs qui influencent la rentabilité de ces actifs. Reste que les chiffres confirment la capacité toujours forte des banques privées à attirer des capitaux.

Rentabilité entre 0,05% et 17,6%

Pour augmenter les avoirs sous gestion, «la première façon, la plus évidente et la plus intéressante à mon sens, reste les acquisitions, explique Guy de Picciotto, CEO de l’UBP. La deuxième est l’engagement de nouvelles équipes. La troisième réside dans le crédit: vu l’environnement actuel de taux d’intérêt très bas, beaucoup de clients cherchent à emprunter à 1% pour essayer d’en faire davantage sur les marchés financiers ou pour des hypothèques.» Au point que le crédit deviendrait un produit d’appel? Le patron de l’UBP en doute, ou alors «peut-être pour un faible pourcentage de clients haut de gamme».

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Autre tendance observée ces dernières années: l’utilisation des dépôts des clients par les banquiers privés, qui ne le faisaient pas dans le passé. La croissance de la marge d’intérêt montre que certains établissements utilisent ces dépôts pour accorder des prêts à la clientèle ou les placer sur le marché et obtenir une rentabilité supérieure.

A Genève, cette rentabilité – mesurée par le rapport entre le bénéfice net et les avoirs – varie entre 0,5 point de base et 17,6 points de base. Julius Baer et J.Safra Sarasin affichent pour leur part des niveaux respectifs de 21 et 18,5 points de base.

Compenser les rapatriements

Sur la base des résultats 2017, à quoi faut-il s’attendre pour les prochaines années dans la gestion de fortune? Les facteurs positifs pour la croissance des actifs cités précédemment vont perdurer, mais des obstacles vont aussi se matérialiser. «Le premier de ces freins concerne les taux d’intérêt, reprend Guy de Picciotto, de l’UBP. Nous sommes dans une période de hausse de taux, surtout aux Etats-Unis. La demande de crédit va peut-être s’estomper.»

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Deuxième frein: la régularisation fiscale des clients étrangers et le rapatriement de leurs avoirs. «Globalement, ce mouvement sera achevé fin 2018. Les nouveaux pays avec qui la Suisse pratiquera l’échange automatique ne devraient pas avoir d’impact considérable: Arabie saoudite, Afrique du Sud, etc.», estime le CEO genevois.

Voit-il un risque de vague de départs de clients originaires de pays avec des systèmes juridiques peu fiables ou corrompus, afin d’éviter que leur fortune ne soit connue dans leur pays d’origine? «Un certain nombre de clients ont rapatrié leurs avoirs car ils en avaient l’obligation dans le cadre de leur amnistie. Ce qui explique que dans plusieurs banques, la masse a moins crû l’an dernier.» Mais Guy de Picciotto ne croit pas à un risque pour la place genevoise: «Parallèlement à ces rapatriements, qui peuvent être temporaires, l’attractivité de la Suisse et de sa place bancaire, ainsi que la stabilité du pays demeurent. Mais si la situation des clients devient intenable, ils quittent leur pays d’origine, pour aller vers Monaco, Dubaï, voire aux Etats-Unis.»

Vingt ans d’obstacles surmontés

Outre les frais supplémentaires liés aux nouvelles réglementations (comme la directive européenne MiFID), la compétition plus forte entre les banques constitue un autre frein à l’acquisition de nouveaux avoirs, poursuit notre interlocuteur: «Certains établissements, en particulier ceux qui sont cotés en bourse, se doivent de montrer une croissance de la masse sou sgestion, car le marché le réclame. Il en découle une guerre des tarifs, surtout pour les très grands clients.» Les clients négocient-ils davantage? «Certains ont effectivement négocié, car les tarifs des banques à l’ère du secret bancaire étaient peut-être plus élevés que ceux de la concurrence à international. Mais aujourd’hui, nous sommes parfaitement alignés, voire plus intéressants que d’autres places, pour une qualité de service bien supérieure à mon avis».

Alors que le marché européen – premier marché d’exportation pour la gestion de fortune genevoise – reste «entre fermé et entre-ouvert», l’avenir s’annonce-t-il plus sombre qu’auparavant? «Les médias prédisent depuis vingt ans la fin des banques: cela a commencé avec la bulle internet et s’est poursuivi avec l’accord sur la fiscalité de l’épargne avec l’Union européenne, mais aussi la crise financière de 2008, Rubik, la disparition du secret bancaire, l’épisode des amendes américaines, l’émergence des fintechs et, enfin, l’échange automatique d’informations. Il n’empêche que le secteur bancaire suisse, avec des acteurs peut-être plus concentrés et plus importants, se porte plutôt bien. Beaucoup d’autres industries n’auraient pas survécu à de telles périodes.»

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