Les banques de gestion peinent à accéder à l’UE

Les banques du pays gèrent 2500 milliards de francs pour le compte de clients étrangers, ce qui représente le quart du volume de l’épargne mondiale. Mais la situation est moins rose qu’il n’y paraît. Si la Suisse demeure le numéro un mondial de la gestion de fortune, la relation avec l’Union européenne (UE) est teintée d’incertitudes.

Un point délicat lorsque l’on sait que 1000 milliards de francs sont déposés ici par des personnes résidant de l’UE et que le secret bancaire a vécu. À l’intérieur de la zone, le démarchage est souvent proscrit pour les banques suisses, même par téléphone, SMS ou courriel.

Stabiliser les relations bilatérales et améliorer l’accès au marché bancaire européen s’avère ainsi déterminant. La conclusion d’un accord-cadre avec le grand voisin représente l’un des enjeux politiques principaux pour le secteur bancaire helvétique.

Quel impact pour l’emploi? Le point avec Marcel Rohner, président de l’Association de banques suisses de gestion, rencontré lors du point presse annuel organisé conjointement avec l’Association des banques privées suisses.

Le nombre d’employés des banques a augmenté de 20% en Suisse depuis dix ans, alors qu’il a presque doublé à l’étranger. Est-ce une tendance inexorable?

La banque reste pour la Suisse un produit d’exportation, au même titre que la pharma ou la chimie. Il est important de servir la clientèle étrangère au maximum depuis ici. Mais nous n’avons parfois pas d’autres choix que de créer des succursales à l’étranger lorsque nous ne sommes pas autorisés à la démarcher localement. Cette situation est particulièrement vraie pour la clientèle résidant dans les pays de l’Union européenne, car ces pays ont souvent adopté des mesures protectionnistes en matière bancaire.

Pourquoi privilégier la Suisse, alors que les coûts, salariaux notamment, sont souvent plus bas hors des frontières du pays et que le secret bancaire a disparu?

C’est une bonne question. En termes d’économies d’échelle, il est important de pouvoir concentrer les activités, tels les ouvertures de comptes, les transferts ou encore la comptabilité, en un seul lieu. C’est la Suisse qui demeure notre premier choix en la matière.

N’est-ce pas aussi une question de compétence?

Oui, la Suisse se distingue par la qualité des compétences dont elle dispose. Que ce soit en matière de technologies de l’information, de services juridiques ou de gestion, le personnel à disposition est très qualifié et bien formé. À cet égard, il est essentiel que nous puissions aussi recruter en Suisse une main-d’œuvre provenant de toutes les régions du monde, et pas seulement de l’UE, de manière non bureaucratique.

Vous pensez vraiment qu’il est envisageable que les banques gardent à terme une majorité d’emplois dans le pays?

Nous servons depuis Genève, Zurich ou Lugano une clientèle résidant sur l’ensemble de la planète, qu’elle provienne d’Asie, d’Amérique du Sud ou encore du Moyen-Orient. Cela ne va pas changer. C’est plus délicat en Europe, où nous devons nous adapter aux différentes législations en place en fonction des pays. Si rien ne change, il faudra, comme c’est déjà le cas aujourd’hui, aller chercher la croissance en Europe en ouvrant de nouvelles succursales localement.

Il faut enfoncer le clou et accepter l’accord-cadre négocié avec l’UE. C’est le message relayé par Yves Mirabaud au nom de l’Association des banques privées suisses, qu’il préside. «La reprise dynamique du droit européen ne porte que sur les domaines visés par certains accords d’accès au marché», rétorque-t-il à ceux qui voient dans l’accord-cadre une forme d’assujettissement à l’UE. «L’aménagement du territoire ou le droit fiscal ne sont donc pas concernés, et la Suisse reste libre de refuser toute modification de l’accord de libre-échange qui irait dans ce sens.»

L’adhésion n’est pas à l’ordre du jour. «Loin de vouloir adhérer à l’UE, les banques privées suisses défendent la voie bilatérale acceptée il y a dix-neuf ans par 67,2% des votants.»

La Suisse a pleinement profité des accords bilatéraux. «En comparaison internationale, la croissance réelle du PIB suisse a été supérieure à la moyenne des pays développés depuis 2002, alors qu’elle était en queue de classement avec le Japon de 1991 à 2001.»
Les investissements étrangers ont aussi atteint des sommets. «Les investissements directs de l’UE en Suisse, par création de filiales ou par acquisitions, ont presque décuplé de 2001 à 2017.» Bref, mieux vaut ne pas rater le coche. N.P. (TDG)

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