Les agriculteurs attentifs après la visite de Maurer

Le président de l’Union suisse des paysans (USP) Markus Ritter doute que la visite d’Ueli Maurer à Washington débouche sur la conclusion rapide d’un accord de libre-échange entre la Suisse et les Etats-Unis. Le monde paysan fera toutefois part suffisamment tôt de ses demandes.

Les milieux agricoles étaient grandement responsables de l’échec, en 2006, d’un accord de libre-échange presque prêt. La crainte d’être submergés de produits agricoles américains bon marché était à l’époque trop importante.

Aujourd’hui aussi, Markus Ritter se montre prudent. Le fait que le président de la Confédération ait été entendu par Donald Trump ne signifie pas que les choses vont aller vite, a expliqué le président de l’USP vendredi à Keystone-ATS.

L’invitation à la Maison-Blanche et la visite sont toutefois positives. En ces temps d’incertitudes politiques et économiques, il est avantageux pour la Suisse d’avoir de bonnes relations avec les Etats-Unis.

Le lancement d’éventuelles négociations dépendra, selon M.Ritter, du progrès réalisé dans d’autres dossiers de politique extérieure qui occupent Washington actuellement, notamment le litige commercial avec la Chine.

La Suisse dans la file d’attente

Tant que les Etats-Unis n’auront pas réglé au moins une partie de leurs grands chantiers, la Suisse devrait plutôt rester dans la file d’attente, estime le président de l’USP. La prochaine élection présidentielle devrait également influencer l’agenda politique.

Markus Ritter rappelle que la commission de l’économie du Conseil national a décidé de sortir l’agriculture d’un accord de libre-échange avec les Etats-Unis. Malgré cela, il faudra faire part activement des préoccupations paysannes dans les discussions. Les agriculteurs helvétiques n’ont pas l’intention de renoncer à la protection douanière sur la base de l’Uruguay Round ainsi qu’à la garantie d’une sécurité et d’une qualité alimentaire élevée.

Pour les Américains, la condition d’un accord est une situation «gagnant-gagnant»: les deux parties doivent en bénéficier, selon Donald Trump. Et la Suisse doit aller plus vite que l’Union européenne.

Interrogé par la radio alémanique vendredi, Markus Ritter n’a pas souhaité avancer de chiffres sur une éventuelle baisse des taxes douanières sur les produits agricoles américains. Actuellement, le taux est de 35%. En négociant habilement, on pourrait sans doute obtenir des concessions au sein de contingents établis, estime-t-il.

Le but est que les milieux agricoles puissent donner leur aval à un accord, comme c’était le cas pour l’accord avec la Chine. Le dialogue entre l’agriculture, les offices fédéraux et le Conseil fédéral s’est amélioré et intensifié depuis le fiasco de 2006, estime M.Ritter.

Poulet chloré exclu

Contacté par Keystone-ATS, Bio Suisse explique que l’accord de libre-échange avec l’Indonésie dans le cadre des pays de l’AELE est exemplaire, mais qu’il devra être «nettement développé» avec les Etats-Unis. Le génie génétique, la viande aux hormones et le poulet chloré «made in USA» sont inacceptables pour Bio Suisse.

L’Association des petits paysans fait également savoir qu’un accord devra impérativement contribuer au développement durable de l’agriculture et de l’industrie alimentaire. Au vu des grandes différences en politique alimentaire en Suisse et aux Etats-Unis, il s’agit d’un véritable défi. (ats/nxp)

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