L’EPFL s’ouvre aux élèves sans diplôme

Chacun sait qu’il n’est pas facile de rejoindre les classes de la prestigieuse Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Pour y prétendre, les étudiants doivent soit avoir obtenu une maturité fédérale ou un diplôme équivalent, soit réussir un examen d’admission. Depuis janvier 2018, pourtant, une volée d’élèves y sont entrés sans prérequis ni examen. Il s’agit des personnes inscrites à l’EPFL pour suivre le nouveau programme de formation continue en ligne.

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Aucun, parmi eux, n’est titulaire d’un bachelor en sciences de la vie ou en physique. Certains, même, n’ont jamais obtenu la maturité fédérale. Mais tous ont été attirés par la réputation de l’institution, qui souhaite s’ouvrir à tous les publics. Le groupe, très hétéroclite, est donc composé de personnes à la retraite qui souhaitent continuer d’apprendre, mais aussi de gymnasiens curieux de découvrir les cours de l’EPFL, de managers ou d’employés.

Combien sont-ils? Laura Downhower, directrice de l’EPFL Extension School, le bureau qui s’occupe de cette nouvelle offre de formation, ne veut communiquer aucun chiffre à ce stade. C’est que le lancement du programme a été fait jusqu’à présent de manière relativement modeste…

Informatique et data

Marcel Salathé, professeur au laboratoire d’épidémiologie numérique de l’EPFL, est à la tête de cette «école étendue» de l’EPFL. C’est pourquoi pour le moment, les cours qui leur sont proposés sont exclusivement centrés sur l’informatique, avec un module qui leur enseigne les fondamentaux du monde numérique, et un autre de «machine learning» spécialisé dans la science des données («data science»). Mais l’offre est en train de s’étoffer. Dès septembre, un autre module proposera d’apprendre les «50 choses que tout le monde doit savoir sur les données». Peu après, un autre traitera des thématiques de «sécurité et protection de la vie privée en ligne». En 2019, un nouveau cours se concentrera aussi sur la maîtrise des outils numériques sur mobile.

L’enseignement est à la carte: les élèves suivent leur programme en ligne, derrière leur écran, en accédant à une plateforme dédiée. Le système n’a rien à voir avec les MOOC (cours massifs en ligne), qui dispensent un enseignement unique à un nombre illimité de personnes. Dans l’Extension School de l’EPFL, chaque élève est pris en charge individuellement. «Après le premier cours, l’élève choisit un projet qu’il va développer à son rythme, explique Laura Downhower. Certains ont fini en quatre mois, d’autres prennent plus de temps, c’est selon.»

Le Certificat d’études ouvertes permet aux salariés d’évoluer au sein de leur entreprise, à des managers de se former dans les technologies numériques

Laura Downhower, directrice de l’EPFL Extension School

Linda Farczadi, diplômée en mathématiques et en informatique, est enseignante dans ce programme de formation continue. «J’ai d’abord passé du temps à développer les vidéos, les tutoriels et les exercices de codage pour les élèves, explique-t-elle. C’était important pour nous d’avoir nos propres outils. Depuis le lancement du programme, j’accompagne les élèves et je les aide à avancer.» Chacun bénéficie au moins une fois par semaine d’un cours vidéo en direct avec l’enseignante, qui reste aussi à disposition via un chat en ligne.

Validation des acquis

La formation est entièrement dispensée en anglais – une particularité qui n’a gêné aucun élève pour le moment, même si ceux-ci sont tous basés en Suisse. Au final, ils seront titulaires d’un Certificate of Opened Studies (Certificat d’études ouvertes), un diplôme reconnu par la Confédération et correspondant à un niveau de bachelor. Les cours ne sont donc pas faciles, et les exercices sont très exigeants. «Le COS n’est pas une porte d’entrée vers l’EPFL, avertit cependant Laura Downhower. Mais il permet aux salariés d’évoluer au sein de leur entreprise, à des managers de se former dans les technologies numériques pour rester compétents dans leur domaine. Et les élèves qui ont un apprentissage peuvent ainsi, grâce au COS, valider leurs compétences pour obtenir un diplôme supérieur.»

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Pour attirer les talents, l’institution compte sur sa réputation. Le programme coûte 490 francs par mois. En moyenne, il faut compter 6 à 9 mois pour en arriver au bout, pour un élève qui a un emploi et une vie de famille. Le programme pour débutants sur les bases en informatique revient à 300 francs par mois et dure généralement entre un et trois mois.

L’EPFL ne donne aucun chiffre sur la rentabilité de ce nouveau programme. Mais compte sur la qualité des enseignements pour que le bouche-à-oreille fasse venir les candidats. «Nos formations servent à acquérir des compétences appliquées, précise Laura Downhower. Cela n’est pas que théorique. Nous ne laissons pas les élèves plonger seuls dans le bain, mais nous leur apprenons à nager.»

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