Leila Pamingle, l’écolo des petits pas

Plusieurs postures sont possibles. Face à l’immense défi que représente la lutte contre le dérèglement climatique, il y a les inquiets, les dépités, les résignés, les défaitistes. En face, il y a les révoltés, les militants, les activistes. Leila Pamingle fait partie de la deuxième frange de la population. Elle est de ceux qui agissent pour la protection de l’environnement. Elle en a même fait son métier. Mais ne comptez pas sur elle pour déverser sa haine du système ou du faux sang sur le perron d’un bâtiment officiel.

Bien sûr qu’il y a urgence (climatique). Evidemment qu’il faut aller vite. Pourtant, Leila Pamingle, confrontée aux réalités du terrain économique et administratif, a choisi de privilégier la politique des petits pas. Une stratégie plus efficace, elle en est convaincue. «On a besoin de ceux qui sont dans la confrontation, mais ce n’est pas ma manière de faire. J’interviens en deuxième ligne.» Originaire de Genève, avec une touche hispanique du côté de sa mère, Leila Pamingle forme une combinaison de compromis et de conviction, glisse-t-elle dans un large sourire.

Un trait d’union

A 38 ans, cette mère de deux enfants est directrice d’Ecoparc depuis 2017. Un an plus tard, l’association remportait le Prix suisse de l’éthique. Basée à Neuchâtel, elle a été fondée en 2000, à l’occasion de la construction de l’écoquartier qui s’est bâti autour de la tour de l’Office fédéral de la statistique, proche de la gare. Ecoparc est aujourd’hui devenue «le trait d’union entre les collectivités publiques, les entreprises et les citoyens». Leila Pamingle et ses trois collaboratrices travaillent dans l’ombre pour réunir et faire communiquer des entités qui ne se parlent pas assez, qui agissent en silo, sans savoir que l’une ou plusieurs de leurs semblables visent le même objectif. L’union et la communication font la force. «C’est un peu bateau, mais je crois beaucoup en l’équation 1+1=3.»

Le budget d’Ecoparc est financé à 10% par ses membres et à 90% par ses mandats. L’association coordonne par exemple des rencontres régulières entre les plus importantes entreprises de Neuchâtel. Ou entre les villes de l’Arc jurassien. Elle organise aussi des événements de sensibilisation pour les citoyens – l’année dernière sur l’énergie grise des aliments, cette année sur le zéro déchet. C’est aussi elle qui a accéléré la mise en place de Box-ton-lunch, un système soutenu par une vingtaine de restaurateurs de la région et qui vise la fin des boîtes à repas à usage unique.

Une enfance dans le recyclage

Ce n’est pas une révolution. Mais ce sont de petits gestes importants qui n’ont quasiment aucune conséquence sur les habitudes. Ce genre d’avancées, Leila Pamingle y tient. La culpabilisation, très peu pour elle. Son credo, c’est de montrer au plus grand nombre qu’il est facile de faire mieux. «Quand je demande que les sirops de mes garçons soient servis sans paille, je suis consciente que cela paraît dérisoire. Mais c’est un message que je leur envoie, c’est important.»

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C’est aussi durant son enfance qu’elle a été sensibilisée. Son père travaillait à l’usine d’incinération des Cheneviers, à Genève. «Dans la famille, on a toujours été baigné dans la problématique du recyclage. Lorsque je partais en vacances, se remémore-t-elle, je rapportais toujours mes piles usagées en Suisse. Je savais qu’elles y seraient mieux recyclées que dans les pays étrangers dans lesquels on se trouvait.»

Pourtant, elle se détournera de cette voie toute tracée lors de ses études et au début de sa carrière. Elle se spécialise dans l’ingénierie agroalimentaire et passe une dizaine d’années chez Firmenich, Nestlé puis Mane, une entreprise française active dans les parfums et les arômes.

Les multinationales «font partie du jeu»

On pourrait percevoir de légers remords dans le ton de sa voix lorsque Leila Pamingle évoque cette «autre vie» professionnelle. Elle ne considère pas pour autant sa réorientation – et son diplôme en développement durable – comme une forme de rédemption. «Cette partie de ma vie au sein de grandes entreprises m’a permis d’apprendre l’efficacité. Ce n’est pas toujours la première préoccupation, dans le milieu associatif.»

C’est aussi ces années qui l’ont convaincue que les multinationales «font partie du jeu, insiste-t-elle. Certes, elles ont parfois un discours «corporate» agaçant. Mais elles ont un levier immense, on ne peut pas les exclure de la question de la transition écologique.» Ils sont pourtant nombreux, acquis à la cause environnementale, à adorer les détester. «On court un vrai risque à ne fréquenter que des convaincus. On croit que tout le monde est sur la même longueur d’onde et on ne comprend pas pourquoi les choses n’avancent pas.»

Régulièrement, Leila Pamingle se retrouve tiraillée entre ces convaincus qui regrettent qu’elle fasse trop de concessions au «système» et ces proches qui la perçoivent parfois comme une militante écolo. De cet entre-deux-chaises, elle s’accommode. Elle en joue, même. «J’adapte mon dialogue en fonction de celui qui se trouve en face de moi.»


Leila Pamingle sera l’invitée du Temps le mercredi 19 juin à 18h45, au Centre suisse d’électronique et de microtechnique (CSEM), rue Jaquet-Droz 1, à Neuchâtel.


1981 Naissance à Genève.

2003 Diplôme d’ingénieure en agroalimentaire et biotechnologie, HES-SO, Sion.

2006 Spécialiste «applications arômes» chez Nestlé.

2014 Naissance de son premier fils, le deuxième en 2017.

2017 DAS en management du développement durable à la HEG-GE, puis directrice de l’association Ecoparc à Neuchâtel.

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