«L’économie mondiale n’échappera pas à un ralentissement jusqu’à fin mars»

Les risques ou les craintes d’une épidémie mondiale de coronavirus inquiètent toujours les marchés financiers. La Bourse suisse continue elle-même de fonctionner en mode de crise. Le SMI (Swiss Market Index) a en effet subi une correction sévère jeudi: -2,92%. Toutes les actions cotées à cet indice (regroupant les vingt plus grosses capitalisations de la corbeille helvétique) ont en outre perdu de la valeur. À l’instar d’UBS (-0,94%), Credit Suisse (-3,34%), Swatch Group (-0,89%), Nestlé (-1%) ou Swisscom (-2,18%).

Dans ce contexte, le chef économiste de la banque privée genevoise Lombard Odier, Samy Chaar, nous explique quelles craintes sont justifiées, tout en insistant sur une réalité: «La dépendance de l’économie mondiale envers la Chine restera aussi naturelle qu’incontournable.» Entretien.

Doit-on redouter un plongeon en récession de l’économie mondiale?

Non, il n’y a pas de récession globale à redouter dans la situation actuelle. Il y aura peut-être des épisodes de contraction, au niveau local. Comme en Italie par exemple. Mais la situation actuelle n’obéit pas à des mécanismes endogènes. Avec le coronavirus, il s’agit d’un choc externe. C’est un peu comme une catastrophe naturelle. Les gens ne se rendent plus à leur travail ou au restaurant. Les enfants ne vont eux-mêmes plus à l’école. Tout cela dure un certain temps. Une fois le choc terminé, la dynamique de l’offre et de la demande revient rapidement à la normale. Elle retrouve les niveaux d’avant la crise. En tant que tel, le préjudice économique du Covid-19 n’est pas comparable à ce qui se produit lors de récessions.

Dans de telles conditions, l’économie mondiale peut-elle échapper à un sérieux ralentissement?

Nous n’allons pas échapper à un ralentissement de l’économie mondiale. Les autorités, et en particulier les autorités chinoises, semblent déterminées à minimiser l’impact transitoire du choc sur l’offre et la demande. De nombreuses initiatives sont prises pour l’atténuer et le limiter dans le temps.

Pendant combien de temps un ralentissement de l’économie mondiale pourrait-il se prolonger?

Nous subirons un fort ralentissement des activités jusqu’à fin mars. Nous envisageons ensuite un retour à la normale d’ici à la mi-mai. Les mesures prises ont certes un coût économique, mais elles permettent de contenir l’impact. Ce calendrier est très clairement influencé par les dispositions déjà prises en Chine en matière monétaire et fiscale. D’autres États travaillent dans le même sens.

Sous le coup de la crise du coronavirus, des experts se mobilisent, en Suisse et dans toute l’Europe, pour défendre une moindre dépendance envers la Chine! Qu’en pensez-vous?

L’économie mondiale est composée de trois principaux blocs économiques: les États-Unis, l’Europe et l’Asie, incluant la Chine. Tous les pays entretiennent naturellement une dépendance accrue vis-à-vis de ces trois blocs. Pour toutes les économies de la planète, ces trois blocs constituent d’ailleurs leurs principaux partenaires commerciaux. De ce fait, une forme de dépendance à la Chine s’avère inéluctable. Il n’en demeure pas moins pertinent pour les entreprises de répartir leurs sources de revenus autour des États-Unis, de l’Europe et de l’Asie, voire au-delà.

Créé: 27.02.2020, 22h12

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