Le Woodrow, futur palace des quais genevois

Les vérandas du futur hôtel The Woodrow ne sont pas encore posées. Mais plus haut, les façades blanches de ce bâtiment genevois situé au 37, quai Wilson ont déjà retrouvé leur charme Belle Epoque d’origine. Prévue au mois de juin prochain, l’inauguration de l’hôtel The Woodrow ambitionne de redonner aux Genevois l’accès à ce bâtiment historique. Avec deux restaurants, un bar, un spa et 26 suites aux dimensions hors norme pour la région.

«Le projet a été pensé avec l’envie de refaire de ce lieu une adresse prisée des Genevois. Son ambiance de grande maison, type hôtel particulier, en faisait un lieu très couru pour les habitants au début du XXe siècle», relève Christophe Aldunate, directeur général de l’hôtel appartenant au groupe Crest Hospitality.

Prisé d’une clientèle fortunée avant-guerre

A l’origine, cet hôtel construit en 1901 par l’architecte en vue François Durel s’inscrivait dans la vague de résidences de détente inspirées de la Côte d’Azur, à Nice. «Nommé Le Bellevue, de par sa situation plongeante dans la Rade, son style post-haussmannien attirait une clientèle fortunée jusqu’à sa fermeture au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale», détaille l’architecte Bernard Erbeia, fondateur du bureau BEA à Vandœuvres (GE) chargé de sa réhabilitation.

Après avoir été occupé par le Comité universel des unions chrétiennes de jeunes gens (YMCA), il est racheté par la Republic National Bank of New York du milliardaire Edmond Safra en 1994. D’importants travaux sont réalisés, notamment la création d’un accès par les quais à l’emplacement de l’entrée d’origine donnant sur la place Jean-Marteau. Pour accueillir la technique, les archives et l’informatique de la banque, trois sous-sols sont réalisés sous la direction de l’architecte Bernard Erbeia, déjà chargé du chantier à l’époque.

«Un défi technique»

«C’était techniquement un défi, parce que le bâtiment est construit sur les remblais relativement instables du lac, comme toutes les autres constructions alignées sur le quai Wilson», se souvient l’architecte, qui a restauré notamment le Palais Wilson voisin. Pour réaliser l’excavation des sous-sols, la technique de micro-pieux et de parois moulées a permis de travailler en taupe sans toucher aux façades classées à l’Inventaire des monuments historiques genevois.

Après la banque britannique HSBC, le joaillier Robert Mouawad le rachète en 2008 avant de le revendre cinq ans plus tard à Crest Switzerland Ltd, dont le siège est aux îles Caïmans, pour 98 millions de francs. Cette société contrôlée par la famille libanaise Daniel acquiert en parallèle un garage jouxtant la place Jean-Marteau, en prévision d’un parking et des bureaux liés à l’hôtel The Woodrow.

Première adresse Joël Robuchon de Suisse

Ce dernier, 14e palace de la ville, accueillera L’Atelier, le premier restaurant suisse de Joël Robuchon dont Crest Hospitality détient la licence exclusive aux Etats-Unis et pour Genève. «Il sera situé au rez-de-chaussée et bénéficiera de sa propre entrée sur les quais pour faciliter l’accès aux Genevois», précise Christophe Aldunate. Au premier étage, Le Jardinier à la carte très féminine, orientée végétarien et de saison sera ouvert 7j/7 de 6h30 à minuit.

Les trois étages de sous-sols ont rendu possible la création d’un spa Guerlain avec salles de soins, fitness et une piscine de 21 mètres de long. «Les piliers porteurs intermédiaires ont été supprimés pour dégager l’espace nécessaire au bassin, grâce à une technique récente, l’utilisation de plaques de carbone sous les dalles pour reprendre les efforts», explique Bernard Erbeia.

Renouer avec son charme originel

Le projet de rénovation, piloté par l’entreprise Steiner, a eu pour but de renouer avec le charme originel du bâtiment dont l’architecture a été très modifiée au fil des décennies. L’entrée et sa marquise monumentale sont recréées sur la place Jean-Marteau. «Côté quai Wilson, au niveau de L’Atelier de Joël Robuchon, on a imaginé un accès intégré aux vérandas, avec une architecture spectaculaire qui respecte la modulation, les espaces et les proportions de l’ancien jardin d’hiver», note l’architecte. La restauration des façades a été une grande partie du projet. Toutes les ferronneries ont été remises en état et complétées par des artisans, c’est le cas notamment des éléments de loggias et balcons, des vérandas et marquises, mais aussi des deux coupoles qui marquent la silhouette de l’hôtel.

Point fort des futures 26 suites, la décoration d’intérieur a été confiée au célèbre décorateur parisien Pierre-Yves Rochon, qui a notamment rénové une aile du Beau-Rivage Palace de Lausanne.

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