Le WEF déplace son curseur vers les défis climatique et sociaux

Qu’elle semble loin l’édition 2020 du World Economic Forum… Le WEF avait accueilli, il y a à peine quatre mois, 3000 participants, dont une cinquantaine de chefs d’Etat et de gouvernement, dans la station alpine de Davos. Les invités vedettes étaient le président américain Donald Trump et Greta Thunberg, la jeune militante écologiste suédoise. Même si l’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait dès le 8 janvier déjà annoncé l’apparition d’une nouvelle forme de coronavirus à Wuhan en Chine, à l’origine de la pandémie qui allait rapidement mettre toute la planète à genoux, le nouveau virus n’était pas une préoccupation majeure au WEF 2020. Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts.

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Le WEF, qui se veut à l’avant-garde d’un monde en perpétuelle mutation, a pris la mesure de la catastrophe provoquée par le Covid-19 et a lancé le 3 avril une action urgente en collaboration avec l’OMS. Il s’agit d’une plateforme visant à «favoriser la participation du secteur privé à la stratégie mondiale de santé publique à l’échelle et à la vitesse requises pour protéger des vies». Un millier d’entreprises y apportent leur expertise.

Désormais, le WEF voit plus loin. L’organisation fondée par Klaus Schwab prépare déjà l’édition 2021 sous l’enseigne «La Grande Réinitialisation» – The Great Reset en anglais. Il s’agira de s’engager à «construire un système économique et social pour un avenir plus juste, plus durable et plus résistant». Comme il est beaucoup question de racisme et de discrimination ces jours, plus particulièrement aux Etats-Unis, le WEF les a inclus comme thèmes forts de débats.

Plaque tournante pour favoriser la coopération

En effet, le forum se donne l’ambition de devenir la plaque tournante pour favoriser tous azimuts la coopération entre le public et le privé. Selon Klaus Schwab qui a participé au lancement de «La Grande Réinitialisation» mercredi, les milliards qui sont prévus pour réparer les dégâts du Covid-19 et pour relancer l’économie constituent une chance pour remettre la planète sur la voie de la durabilité. «Il ne suffit plus que les entreprises publient leur bilan financier, a-t-il dit. Elles doivent également rendre compte de leurs actions en faveur de la protection de l’environnement et de la société.»

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Pour l’occasion, Klaus Schwab avait mobilisé mercredi le prince de Galles, connu pour ses engagements en faveur de la nature, Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, et Kristalina Georgieva, directrice du Fonds monétaire international. Cette dernière a appelé les dirigeants politiques à éradiquer la pauvreté et l’inégalité si l’on veut éviter des tensions sociales. Elle a aussi mis en garde contre le fossé numérique qui se creuse entre pays riches et pays pauvres. «Ce serait alors La Grande Reculade», a-t-elle ironisé.

Utopies altermondialistes

Le Forum de Davos 2021 se tiendra à la fois en présentiel et virtuellement, et mettra en relation les dirigeants gouvernementaux et les chefs d’entreprise avec un réseau mondial de participants présents dans 400 villes du monde entier. «Ce réseau commence à travailler dès maintenant non seulement pour définir les priorités et les plans d’action, a déclaré Klaus Schwab. J’invite tout le monde à assumer sa responsabilité et à ne pas trahir les générations futures.» Et d’ajouter: «Un changement de mentalité s’impose. Il n’est pas question de rapiécer l’ancien système qui est condamné par les défis écologiques et sanitaires.»

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Il faut dire que l’agenda 2021 du WEF ressemble beaucoup à celui de l’édition 2002. C’était quelques mois seulement après les attentats terroristes de septembre 2001 à New York. Klaus Schwab, qui se trouvait alors dans la ville américaine frappée et endeuillée, avait à son retour à Genève insisté sur la nécessité de construire un monde plus juste et plus équitable. La «Grande Réinitialisation» a aussi tout l’air d’être inspirée par les utopies défendues par le mouvement altermondialiste depuis des années, un mouvement qui s’est toutefois marginalisé au fil des années.

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