«Le temps est venu de transmettre mon savoir»

La nouvelle a cueilli à froid le monde de l’horlogerie: Jean-Claude Biver lâche les rênes opérationnelles de la division horlogère du groupe de luxe français LVMH. «Je reste en tant que président non-exécutif de la division et des trois marques Zenith, Hublot et TAG Heuer», a-t-il déclaré hier à l’agence Reuters le jour de ses 69 ans. «J’ai 69 ans aujourd’hui (réd: hier), ce qui veut dire que je vis le premier jour de ma 70e année. Cela veut dire qu’il me reste, disons, dix belles années et que j’entends en profiter pour transmettre mon savoir professionnel, et me consacrer davantage à ma famille», nous a-t-il confié hier en début de soirée.

Souffrant d’une légionellose, contractée dans les années 1990, il a vu ses forces décliner quelque peu en début d’année, sous les coups redoublés d’une polymyalgie rheumatica, ou arthrite musculaire lui causant de terribles douleurs. Le milieu le savait convalescent, «mais manifestement il ne s’est pas remis aussi vite qu’espéré», regrette Yves Vulcan, patron de l’agence de communication Darwel, spécialisée dans l’horlogerie. Le principal intéressé est pourtant optimiste: «J’ai déjà baissé à 20 milligrammes de cortisone, et les doses vont continuer à s’amenuiser pour arriver à zéro en fin d’année. Mes analyses sanguines sont excellentes, il n’y a pas d’effets indésirables dus à la prise de cette substance. Mon foie, mes reins et mes glandes surrénales sont intactes!»

Retraite relative

Il va tout de même lever le pied. À sa manière. Dès novembre, plusieurs voyages sont déjà programmés à Tokyo et Osaka, Shanghai et Hongkong, New York et Boston, et il ne s’agit pas de vacances. «Je reste ambassadeur de l’horlogerie, et comme je l’ai dit à un journaliste new-yorkais, «I’m still going to rock the industry!» Ces déplacements seront toutefois plus longs: fini les allers-retours à Tokyo (111 en 44 ans de carrière!). Ce coup-ci il s’accorde 4 jours sur place. Le grand farniente façon Biver…

L’annonce de son retrait au poste de président honorifique de la division horlogère a laissé libre cours à nombre de spéculations dans la journée d’hier, le groupe LVMH se refusant à tout commentaire. Malaise? «Non, il y a eu une fuite dans le magazine Challenges, et si, moi, je peux m’exprimer sur la suite de mes activités, le groupe ne peut rien dire de concret pour l’instant, vu que mon successeur potentiel n’a encore rien signé». La passation de pouvoirs aurait dû, selon des observateurs, avoir lieu début 2019.

Succession

Le nom de Stéphane Bianchi, ancien directeur d’Yves Rocher, et actuel membre du conseil du groupe suisse Maus (Lacoste, Manor), court les travées, mais rien n’est officialisé. Une chose semble certaine, la personne qui succédera à Jean-Claude Biver reprendra les deux fonctions exécutives, à la fois à la division horlogère et à la tête de TAG Heuer. Le fils du PDG de LVMH Bernard Arnault, Frédéric, 23 ans ne sera pas directeur de TAG Heuer, mais s’occupera du digital. «Au sens large, pas seulement la TAG Connected, mais aussi les réseaux sociaux et le développement online», précise Jean-Claude Biver. Frédéric Arnault est sur place à La Chaux-de-Fonds depuis un an et demi, avec toutes les qualités que peut posséder un millenial dans ces domaines, mais il lui faut encore apprivoiser le milieu horloger».

«Vous n’avez pas fini de me voir!»

Jean-Claude Biver assure qu’il ne va pas disparaître des écrans radars, bien au contraire. Ses tâches seront davantage orientées vers la communication, les relations avec les médias, bref, ce rôle d’ambassadeur de l’horlogerie au bagout inégalé. «Je serai encore plus présent sur ces fronts-là, vous n’avez pas fini de me voir!»

Questions en suspens

Pour le journaliste spécialisé Grégory Pons, les grandes manœuvres en cours chez LVMH sont toutefois lourdes d’incertitudes: «Hormis son état de santé, on peut se demander si le courant passe entre Jean-Claude Biver et Frédéric Arnault. De plus, que va-t-il se passer à la tête de Hublot et Zenith, toutes deux tenues par des proches de Biver?». Avec le retrait partiel de Jean-Claude Biver, «c’est toute l’horlogerie qui est en mutation, constate Yves Vulcan. Cela vient, en plus, peu de temps après l’annonce du retrait de SwatchGroup de Baselworld».

LVMH sera encore à Bâle en 2019, «mais tout est ouvert pour 2020, précise Jean-Claude Biver. Ce qui est nouveau, c’est que les marques, Rolex et LVMH en tête, organisent désormais l’événement avec la direction de Baselworld, et que ce n’est plus elle qui impose ses vues».

(TDG)

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