Le secteur aérien suisse joue son avenir à Berne

L’aviation suisse va-t-elle se relever de la crise économique engendrée par le coronavirus? La réponse dépendra des décisions que prendra le Conseil fédéral ces prochaines heures. «Un groupe de travail interne à l’Administration fédérale a été mis sur pied pour analyser le cas particulier des entreprises systémiques», expliquait le ministre des Finances, Ueli Maurer, la semaine passée. La task force est composée de membres de l’Office fédéral de l’aviation civile et de l’Administration fédérale des finances. Un plan de sauvetage devrait être annoncé ce mercredi ou jeudi.

L’affaire concerne Swiss, clouée au sol, mais aussi Easyjet, les aéroports du pays – dont la fréquentation s’est écroulée – ainsi que les sociétés qui gravitent autour du secteur. Selon la presse alémanique, pour survivre, l’infrastructure aéronautique aurait besoin de 3 à 5 milliards. Différents scénarios sont avancés: une participation de l’État au capital, un crédit transitoire ou une garantie de l’État.

Lettre au Conseil fédéral

Alors que la décision est imminente, 46 organisations et partis ont adressé ce mardi une lettre au gouvernement. Ils demandent au Conseil fédéral de lier ce plan de sauvetage à des objectifs notamment climatiques. «Lors de la crise financière en 2008, la politique a exigé des banques d’adapter leur modèle d’affaires, explique la sénatrice Lisa Mazzone (Verts/GE), coprésidente de la Coalition environnementale et santé pour un transport aérien responsable (CESAR), signataire de la missive. C’est maintenant l’occasion pour la politique d’accompagner l’aviation dans sa nécessaire transition vers la durabilité.»

Les auteurs rappellent à cet effet que l’aviation représente 19% de l’impact climatique. Ils exigent notamment une réduction des émissions directement dans le secteur, et non à travers des systèmes de compensation externes, l’introduction d’un impôt sur le kérosène. Enfin, un soutien public devrait être accordé pour les trains de nuit, afin qu’ils puissent rivaliser avec les vols de courte distance.

Dans la foulée, les Verts ont aussi publié un papier de position qui va dans le même sens. Intitulé, «Grounding: pas de redécollage sans de nouvelles règles du jeu», ce document insiste sur le fait que tout soutien financier à ce secteur «hautement polluant» ne doit être possible que si on le réoriente fondamentalement. Car «cela revient à demander à la collectivité d’assumer les risques d’un modèle d’affaires peu solide et peu éthique», conclut le Parti écologiste.

Cette démarche n’est pas du goût de Christian Lüscher (GE), vice-président du PLR. «Le secteur aérien est très important pour la Suisse et son économie. On ne doit pas lier son sauvetage à des conditions, quelles qu’elles soient. Nous parlons ici d’une aide d’urgence. Toutes les autres propositions qui ont trait à l’avenir du secteur doivent se faire plus tard, en suivant le cours des choses.»

Du côté d’Aérosuisse, la faîtière de l’aéronautique, on explique que plusieurs discussions ont eu lieu en haut lieu. Ont-elles été houleuses, sachant que Simonetta Sommaruga, la conseillère fédérale chargée des transports, ne porte pas le secteur aérien dans son cœur? Le conseiller national Thomas Hurter (UDC/SH), président d’Aérosuisse, ne souhaite pas répondre directement à cette question. Mais il souligne que le Conseil fédéral connaît «l’importance structurelle» de l’aviation pour la Suisse. «Aujourd’hui, le matériel médical vient par avion. Le secteur est primordial pour un pays hôte de plusieurs organisations internationales et qui vit de l’exportation.» Et de rappeler enfin que de très nombreux touristes viennent en Suisse par les airs.

Polémique à Genève

Au-delà des enjeux nationaux, cette affaire prend une tournure polémique à Genève. Plusieurs élus bourgeois ne comprennent pas que Lisa Mazzone mène la fronde dans ce dossier, tant l’aéroport est important pour Genève. «Je suis horrifié qu’une sénatrice genevoise propose des mesures qui nuisent à son canton et à son aéroport, tacle Christian Lüscher. Je crois que Mme Mazzone n’a pas encore revêtu son habit de sénatrice.»

L’élue écologiste reste sereine et rappelle que les Genevois ont accepté l’initiative pour un pilotage démocratique de l’aéroport, dont le message était notamment que Cointrin devait respecter davantage le climat et les riverains. «J’ai porté cette initiative qui a été adoptée deux semaines après mon élection. Mon engagement sur ces questions est connu de longue date.»

Créé: 07.04.2020, 19h24

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