Le revenu universel repointe le bout du nez à la faveur de la crise

C’est un vieux serpent de mer, qui refait régulièrement surface, même quand on le croyait définitivement coulé. En 2014, le peuple suisse rejetait à 77% l’idée d’un revenu inconditionnel de base, mais le voici qui revient siffler sur nos têtes à la faveur de la crise économique sans précédent que nous traversons.

Ainsi les Verts appellent-ils à une «vraie réflexion sur le revenu de base universel» (Le Matin Dimanche du 22 mars), en même temps que l’introduction d’une caisse maladie unique et publique. De leur côté, deux professeurs de l’IHEID et de l’Université de Genève pointent, dans une tribune publiée par Le Temps (24 mars), soutiennent que l’aide de l’Etats en liquidités, «pour être efficace rapidement (…) devra cibler non pas directement les établissements financiers, mais l’ensemble de la population, comme un revenu universel de citoyenneté, égal pour tous, mais, dans ce cas, limité dans le temps».

Revenus temporaires

On est là dans l’urgence du moment, mais le terme est lâché. Il s’agit là d’un stimulus direct, que soutient du reste une pétition mondiale signée par plus de 500 chercheurs et intellectuels. Diverses formes de cette aide directe, en monnaie sonnante et trébuchante, ont fait leur apparition ces derniers jours, que ce soit sous la forme de l’argent hélicoptère décidé par les États-Unis avec un chèque de 1000 dollars à chaque citoyen ou presque, dans un pays à la couverture sociale plus que défaillante rappelons-le, ou sous la forme d’un forfait de 3320 fr. pour les indépendants en Suisse, afin qu’ils puissent subvenir à leurs besoins personnels. Le ministre des finances allemand a pour sa part promis un crédit illimité.

Une notion d’«autonomie minimale», précise mercredi dans le journal Les Echos l’essayiste français Gaspard Koenig, afin de «pouvoir, à tout moment, en cas de crise personnelle ou collective, se replier sur soi, en retrait des échanges marchands, en attendant que la tempête passe ou que l’envie revienne».

Revoir l’assurance-chômage pour les indépendants

Mais une fois la crise surmontée, lorsque la vie économique et politique reprendra peu à peu le cours normal des choses, ces mesures «de guerre» resteront-elles sans lendemain?. A l’image du télétravail, qui hérissait le poil de tant d’entreprises jusqu’à la mi-mars, des bastions que l’on croyait imprenables ont commencé à se fissurer, estime le conseiller national (PS/VD) Samuel Bendahan: «Sur bien des points, l’opinion publique aura évolué car cette crise révèle des problèmes qui existaient déjà avant, comme celui des entrepreneurs indépendants qui, cotisant à l’assurance-chômage, n’avaient pas le droit aux prestations. Ceci devra absolument être corrigé afin que cette inégalité soit aussi gommée hors temps de crise».

Assurance général de revenu

Les 3320 francs précités sont une forme de revenu inconditionnel de base, mais généraliser ce principe n’ira pas de soit, ajoute-t-il: «Plutôt qu’un revenu de 2500 francs pour chacun, y compris les enfants même si la somme est moindre, ainsi que cela avait été présenté lors de la votation de 2014, il vaudrait mieux imaginer une assurance générale sur le revenu, qui pourrait être financée par l’impôt fédéral direct, et qui éviterait de toucher aux assurances sociales».

Une façon d’éviter les inégalités en cas de versement d’une somme fixe et pour tout un chacun, comme le prônent certains libéraux purs et durs, mais avec laquelle il faudrait dès lors tout payer, non seulement les besoins vitaux comme la nourriture et le logement, mais aussi l’école ou les soins.

Difficulté

Quelle que soit la forme qu’il prenne, il est probable que le revenu universel de base soit rediscuté par le politique. «Il y a des dissensions quant aux variantes, y compris à gauche, observe Samuel Bendahan, mais à droite tout le monde n’est pas absolument opposé à l’idée» La difficulté du revenu universel, regrette Gaspard Koenig, «est qu’il doit être décidé par des gens qui pensent n’en avoir jamais besoin».

Créé: 26.03.2020, 17h47

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