Le pic pétrolier à la rescousse du climat?

Combattre le réchauffement climatique est une urgence absolue. Afin de limiter à 2 degrés Celsius la hausse de la température moyenne à la surface du globe en 2100, il a été décidé (pas par tous) de remplacer les énergies fossiles par des sources renouvelables (éolien, photovoltaïque, biomasse, etc.) d’ici à 2050. Cela, même si cette température sera probablement atteinte aux alentours de 2040 (Nature, 05.12.2018) et même si la probabilité de succès à long terme n’a jamais été démontrée! Cette voie est-elle bien réaliste?

Rien n’est moins sûr, si l’on considère la tendance haussière de la consommation mondiale en énergie fossile qui a atteint, en 2017, 85,2% de l’énergie totale (34,1% pour le pétrole) et un minable 3,6% pour les renouvelables.

Utiliser le pétrole jusqu’à la dernière goutte

Pour la production d’électricité, une possibilité hypothétique pourrait exister, mais cela reste à démontrer. Tel n’est pas le cas pour le pétrole qui est et restera indispensable (transport maritime, aérien et terrestre, etc.) à la poursuite de la croissance économique dont la primauté absolue est amplement démontrée dans la pratique. Ce qui porte à penser que le pétrole sera utilisé jusqu’à la dernière goutte économique, ce qui signifie que «développement durable» et «croissance verte» ne sont que des oxymores et des slogans dénués de fondement. Donc, exit la stratégie choisie.

Pour avoir des chances de réussir la transition énergétique, il faudrait s’attaquer à la surconsommation qui est la racine du mal. Cela impliquerait un changement de paradigme sociétal où «Pouvoir» et «Avoir» ne représentent plus les valeurs suprêmes, mais sont remplacés par des valeurs humanistes.

Impossible décroissance

Un tel revirement est-il envisageable? La réponse est bien évidemment non, à moins que les circonstances ne nous y forcent. En effet, peut-on imaginer que la mode (habillement, voitures, iPhone, TV, gadgets, etc.) ne soit plus suivie aveuglément, que l’obsolescence programmée soit bannie, que les manifestations de masse, sportives et autres, n’aient plus lieu, que la course aux armes cesse, etc., alors que les incitations à consommer se font de plus en plus insistantes? Exit aussi cette alternative.

Jamais évoqué dans le contexte de la lutte contre le réchauffement, le prochain pic pétrolier (PP), qui coïncidera avec celui de l’huile de schiste (shale oil) des Etats-Unis, contribuera certainement à diminuer l’effet de serre des énergies fossiles.

Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), si d’énormes sommes ne sont pas investies, la production mondiale pourrait atteindre son pic aux alentours de 2020, échéance que pourrait retarder une ou des récessions.

Une dette énorme

La probabilité de tels investissements est faible au vu de l’énorme dette déjà accumulée par l’industrie pétrolière (environ 300 milliards de dollars). Ce moment est aussi celui qu’a proposé le géophysicien Jean Laherrère qui, en compagnie de Colin Campbell, avait correctement prédit la fin du pétrole bon marché intervenue en 2008 (Scientific American, mars 1998). Ses travaux démontrent que, de tous les pays producteurs de pétrole, seuls cinq n’ont pas atteint leur pic, tandis que les Etats-Unis et l’Arabie saoudite (ensemble 25 millions de barils/jour) s’en approchent. Ce qui laisse peu de temps pour s’adapter aux nouvelles conditions socio-économiques.

Le PP une fois atteint, la production pétrolière devrait décliner irréversiblement au rythme d’environ 5% par année. Quand cela se passera, le prix du pétrole s’envolera, ce qui causera une récession ou une dépression peut-être terminale, car les artifices financiers (assouplissement, taux, crédit) s’épuisent. Le réchauffement sera peut-être partiellement jugulé, ce qui profitera aux générations futures, mais le prix à payer en sera certainement très élevé. C’est le scénario le plus probable.

De cette brève analyse, il ressort que nous sommes acculés dans nos derniers retranchements. Aux économistes de lire ou relire Limits to Growth et de s’en inspirer. Aux élus de prendre conscience de l’urgence de la situation et de gouverner en conséquence. Et à nous tous de développer la résilience nécessaire.


Peter Stalder, de Sion, est géologue.


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