Le PIB vaudois cache bien ses Jeux

Malgré un ralentissement mondial, l’économie vaudoise se porte bien. Lors de la conférence de presse qui s’est tenue à la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie (CVCI), les représentants des différentes branches présents se sont voulus rassurants. La croissance du canton devrait se situer dans la lignée de la croissance suisse, malgré les effets de l’Euro de football et des Jeux olympiques qui auront lieu l’année prochaine.

Le PIB vaudois devrait donc connaître une croissance de 1,4% en 2019 et de 1,5% en 2020, selon les dernières prévisions de l’Institut d’économie appliquée (Créa). Soit des chiffres légèrement au-dessus des prévisions nationales du Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco), qui table sur une hausse du PIB de 1,2% en 2019 et de 1,4% pour l’année prochaine. Une croissance en baisse par rapport à 2018.

Deux fédérations majeures

Cet exercice de prévision conjoncturelle présente une particularité dans le canton de Vaud, qui accueille deux fédérations sportives internationales. Pour permettre la comparaison d’une année sur l’autre, l’impact des grands événements sportifs organisés par le Comité international olympique (CIO) et l’UEFA est épuré du calcul du PIB vaudois par le Créa depuis 2019. L’institut a appliqué ce correctif à ses précédents chiffres de manière rétroactive.

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Sinon, l’organisation des Jeux olympiques d’été et l’Euro de football devraient provoquer une explosion du PIB vaudois et une forte volatilité. Par exemple, lors de la précédente organisation de ces événements en 2016, il avait connu une croissance de 7,3%. L’année suivante, le PIB se contractait de 4,2%. D’où la nécessité pour les autorités de lisser ces statistiques.

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Les montants dégagés par ces deux fédérations sportives sont très importants. Pour l’exercice 2015-2016, les recettes de l’UEFA s’élevaient à environ 4,6 milliards d’euros (5,05 milliards de francs), dont quasiment la moitié était imputable à le tenue de l’Euro en France. De son côté, le CIO affichait des revenus de 3,5 milliards de dollars (3,46 milliards de francs) en 2016. La majorité de ces sommes est cependant reversée à l’étranger, aux fédérations nationales.

Une valeur répartie sur quatre ans

L’organisation de ces événements agit donc par cycles de deux ans, l’effet étant renforcé tous les quatre ans du fait de la concomitance des Jeux olympiques d’été et de l’Euro. «Du point de vue de la définition du PIB, il est correct d’intégrer ces éléments», précise Maxime Botteron, économiste chez Credit Suisse. La valeur ajoutée créée par ces institutions est prise en compte au niveau national depuis 2017, et lissée sur une période de quatre ans. Ce changement correspond à l’adoption d’une nouvelle norme internationale de calcul du PIB par la Suisse.

«Il faut voir quelle utilisation on veut faire du PIB, détaille Maxime Botteron. Pour avoir une idée de la tendance conjoncturelle d’une zone comme le canton de Vaud, si on a des éléments qui ont peu d’impact sur l’emploi mais une forte influence sur la croissance, cela fausse l’analyse des statistiques.» Des différences qui peuvent influencer les politiques publiques. «En théorie, si on a une forte croissance, cela peut être le signe avant-coureur d’une inflation, ajoute-t-il. Mais si cette croissance est due aux fédérations sportives, il n’y a pas besoin de réaction des autorités monétaires.»

Des entrepreneurs relativement optimistes

La Commission conjoncture vaudoise a aussi livré les résultats de ses sondages conjoncturels auprès des différentes branches de l’économie vaudoise. Si le secteur de la construction connaît une activité soutenue, les entrepreneurs s’attendent à un ralentissement des commandes pour l’année à venir. Un indicateur positif qui se retrouve aussi du côté de la branche des services, où seules 10% des entreprises sondées estiment que la marche des affaires est mauvaise. Malgré quelques disparités, le secteur du commerce de détail reste stable dans le canton.

Le secteur de l’hôtellerie-restauration s’attend quant à lui à des répercussions positives en 2020 du fait de l’organisation d’événements majeurs comme les Jeux olympiques d’hiver de la jeunesse en janvier et la Coupe du monde de hockey sur glace. Deux événements sportifs qui auront lieu sur le territoire vaudois.

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