Le magnat Rybolovlev inculpé à Monaco

Série noire pour le magnat russe propriétaire du club de football monégasque, étrillé mardi soir 4-0 face à Bruges. Depuis quatre ans, Dmitri Rybolovlev mène, de Monaco, une guerre médiatico-judiciaire sans merci contre l’influent marchand d’art genevois Yves Bouvier, l’accusant de l’avoir escroqué durant des années à hauteur de plus de 1 milliard de francs sur la fourniture d’une quarantaine de toiles de maître. Mais le milliardaire bascule à présent du statut de plaignant à celui de mis en cause. Origine de ce retournement? Un an d’enquête monégasque portant notamment sur des soupçons de «corruption» et de «trafic d’influence», en lien avec cette guerre des tableaux.

Inculpations en rafales

Tout s’est précipité en l’espace de quarante-huit heures. Après avoir vu sa résidence de la Belle Époque perquisitionnée, le magnat russe a été entendu mardi et mercredi dans les locaux de la police monégasque. Révélée par «Le Monde», cette garde à vue s’est soldée mercredi en fin d’après-midi par l’inculpation du milliardaire, aux côtés de trois autres personnes: sa principale conseillère juridique, Tetiana Bersheda, ainsi que le fils et l’épouse de l’ancien ministre de la Justice monégasque Philippe Narmino. Mercredi soir, les chefs d’inculpation retenus n’ont pas été précisés.

Citant la procureure générale de Monaco, le quotidien «Nice Matin» indiquait mercredi soir que Dmitri Rybolovlev a été remis en liberté, tout comme son avocate, et que des perquisitions devaient encore être menées «jusqu’à tard dans la soirée».

Écho à la décision genevoise

Origine de tout l’épisode? Le téléphone portable de Tetiana Bersheda. Saisis l’an dernier par la police monégasque dans le cadre de l’enquête sur l’affaire des tableaux – avant de rapidement «fuiter» –, l’ensemble des SMS envoyés par cette avocate suisse avaient mis en lumière les relations tissées par le clan Rybolovlev avec les autorités judiciaires monégasques. «Nice Matin» indiquait mercredi que «la quasi-totalité de l’appareil judiciaire monégasque, jusqu’au plus haut niveau», avait aussi été placé en garde à vue.
Tant Tetiana Bersheda que les autres avocats de Dmitri Rybolovlev se refusaient mercredi à commenter une audition prévue «de longue date». L’épisode fait écho à une autre enquête sur des soupçons de corruption de magistrats ayant visé le magnat et son avocate à Genève, à la suite d’une dénonciation de leur adversaire Yves Bouvier.
L’affaire a finalement été classée sans suite – mais en des termes extrêmement sévères – par le Ministère public genevois, le 5 septembre dernier.

Bouvier en embuscade

Retour aux tableaux. Ironiquement, Dmitri Rybolovlev connaît le sort réservé à son fournisseur de tableaux, Yves Bouvier, dont la garde à vue à Monaco, fin février 2015, devait déclencher toute l’affaire. «Nous n’aurons aucun mal à démontrer qu’Yves Bouvier, qui est inculpé pour une gigantesque escroquerie, continue de bénéficier d’un traitement judiciaire qui est loin d’être défavorable à Monaco, au contraire», répliquaient dès mardi soir les défenseurs du magnat dans un bref communiqué.
«Si M. Rybolovlev, comme il l’affirme, était réellement victime d’une escroquerie qu’il pouvait établir, comment expliquer alors les soupçons qui pèsent désormais sur lui? Ce sera aux autorités judiciaires concernées d’y répondre», réagit Me David Bitton, l’avocat du marchand d’art genevois.

Ce dernier estime que toute l’affaire «arrive à son épilogue» et que c’est «au tour de Dmitri Rybolovlev et de son entourage de rendre des comptes». Le camp Bouvier se prépare à déployer «dans les prochaines semaines» une contre-attaque judiciaire afin, selon ses mots, de «laver l’honneur de M. Bouvier» et d’obtenir «des dédommagements pour les dégâts économiques considérables causés par cette affaire». (TDG)

monchange.ch