Le «machine learning» sert à lutter contre les petites annonces frauduleuses 

Des singes, des boîtes de médicaments, des billets de concert invalides… Les sites suisses de petites annonces font face depuis des années à de multiples tentatives de fraude. Ces escroqueries se perfectionnent et les responsables de ces plateformes s’arment en conséquence. Ils utilisent des technologies de machine learning, soit des algorithmes capables, en analysant des masses de données importantes, de détecter eux-mêmes les tentatives de fraude. Les responsables des deux plus importants sites d’annonces de Suisse romande – Petitesannonces.ch et Anibis.ch (appartenant à 100% Scout24, détenu lui-même à 50% par Ringier, coéditeur du Temps avec Axel Springer) – expliquent leur stratégie.

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Sur Anibis.ch, le répertoire des tentatives d’arnaque s’est étoffé. «Depuis six mois, les cas de phishing, ou hameçonnage, par téléphone se multiplient, constate Jelena Moncilli, spécialiste anti-fraude sur le site. Des escrocs appellent des clients d’Anibis.ch, se font passer pour notre service client – alors que nous n’appelons jamais nos utilisateurs –, et demandent à leur victime leurs données de compte ou le code reçu par SMS. Ensuite, ils publient à leur place des annonces frauduleuses et parviennent ainsi à gagner de l’argent.» Les escrocs, qui font semblant de vendre un objet, ou même d’en acheter un, demandent alors un paiement via les coordonnées d’une Paysafecard et disparaissent en retirant le montant disponible sur la carte de prépaiement.

Gains de 50 francs

Désormais, explique Jelena Moncilli, les arnaqueurs gagnent rarement plus de 50 francs par astuce, loin des 500 francs qu’ils espéraient auparavant. «Pour ces montants, les victimes ne portent pas plainte». Grâce à des algorithmes, Anibis.ch parvient actuellement à détecter 85% des fraudes avant leur mise en ligne, le solde ensuite, notamment grâce à l’aide de la communauté des utilisateurs. «Auparavant, cette proportion était inversée, poursuit Jelena Moncilli. L’intelligence artificielle est devenue un outil indispensable dans la gestion des annonces. L’acheteur exige que le contenu publié soit vérifié en amont. Le vendeur, lui, souhaite pouvoir publier rapidement et instantanément son annonce.»

Sur anibis.ch, 94% des annonces non soumises à un contrôle manuel sont analysées par des algorithmes. Et dans 99,8% des cas, la décision de l’algorithme est semblable à celle d’un humain

Métamorphose constante

Frédéric Monnard, responsable du site Petitesannonces.ch, fait un constat similaire: «Les tentatives d’arnaque sont en constante métamorphose et suivent l’actualité des produits ou services avec une forte demande. Le but est néanmoins toujours le même: l’envoi d’un acompte. Elles représentent l’immense majorité des cas.». Du coup, il utilise lui aussi des algorithmes pour détecter les fraudes. «Leurs auteurs testent inlassablement le système pour commettre une infraction ou arnaque, poursuit Frédéric Monnard. Nous avons donc développé une palette de programmes basés, entre autres, sur le machine learning. Certains ont pour tâche de déclencher, sans supervision, des méthodes de protection ou signaler les annonces suspectes. Nous utilisons également le machine learning pour assister les modérateurs et leur permettre de se concentrer sur les tâches où ils peuvent apporter le plus de valeur.» Le responsable ne donne pas le nombre d’annonces publiées chaque jour.

Sur Anibis.ch aussi, certaines annonces sensibles, notamment toutes celles concernant la vente d’animaux, sont vérifiées au préalable par des agents formés. «Nous nous concentrons ainsi sur les cas les plus délicats, ce qui peut prendre en moyenne quatre à cinq minutes par annonce à vérifier», explique Jelena Moncilli. 94% des annonces non soumises à un contrôle manuel sont analysées par des algorithmes. Et dans 99,8% des cas, la décision de l’algorithme est semblable à celle d’un humain, selon la responsable anti-fraude d’Anibis.ch.

Annonces transformées

Les deux sites font aussi face à des escrocs qui obtiennent les login et mot de passe de leurs victimes dans d’immenses bases de données volées et disponibles sur internet. Il suffit que l’utilisateur emploie les mêmes données pour Anibis.ch, Facebook, sa boîte mail et d’autres sites pour que son compte soit menacé. «On constate aussi que des individus insèrent des annonces standard dans la rubrique «bébé» par exemple, continue Jelena Moncilli. Après quelques semaines, ils les transforment en insérant une image dans laquelle se trouve de la publicité interdite pour des prêts d’argent.»

De son côté, Frédéric Monnard distingue trois types d’infractions. «Il y a les tentatives d’arnaques. Ensuite, il y a les infractions à la législation (par exemple quelqu’un désire vendre une boîte non consommée de médicaments). Il y a enfin les infractions aux conditions d’utilisation du site (par exemple le recrutement pour le marketing de réseau).» Le responsable rappelle que malgré l’aide du machine learning, les logiciels ne sont pas infaillibles et que le bon sens de l’utilisateur doit primer.

«Super utilisateurs»

Ces sites bénéficient souvent de l’aide de «super-utilisateurs». «Nous avons des clients, experts en drones ou en matériel sonore pour DJ, par exemple, qui nous préviennent lorsqu’ils voient des annonces suspectes, affirme Jelena Moncilli. Nos employés ne peuvent pas être experts dans tous les domaines – nous proposons plus de 3000 catégories de produits – et ce soutien est précieux.»

Sur les blogs du Temps: L’escroquerie: tout est dans l’astuce

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