Le franc suisse victime d’un mini-crash

En Suisse et en Europe, le monde financier était endormi. Il était environ 23h, dimanche soir, lorsque le franc s’est effondré. En quelques secondes, la monnaie suisse a perdu près de 1% face au dollar – cela paraît peu, mais quand des millions sont en jeu, l’effet boule de neige est rapide. Le dollar-franc s’est envolé de 1,0004 à 1,0096, soit son plus haut niveau depuis novembre. En autant de temps qu’il a fallu pour le perdre, le franc a regagné ce pour cent. Ce matin, la paire évolue de nouveau autour de la parité.

Sur le marché des changes, ce genre d’incident a un nom: les flash crashes. «Cela arrive souvent lorsque la liquidité est faible», a réagi Rodrigo Catril, un analyste de la National Bank of Australia, cité par l’agence Bloomberg. C’est exactement ce qui s’est passé cette nuit: le Japon – et son marché financier – a aujourd’hui un jour férié pour célébrer Kenkoku Kinenbi, l’anniversaire de la fondation de l’Etat du Japon.

Des ordres automatiques, et inversement

Ce flash crash, poursuit Rodrigo Catril, a sûrement dû être provoqué par une erreur de saisie d’un opérateur du marché des changes. Il aurait acheté du dollar beaucoup plus cher que son prix, provoquant une avalanche d’ordres automatiques, eux-mêmes directement corrigés par d’autres ordres automatiques.

Ces dernières années, avec la multiplication des algorithmes financiers, les flash crashes deviennent de plus en plus fréquents. En janvier 2016, par exemple, le rand sud-africain avait plongé de 9% en quelques minutes. Le 3 janvier dernier, le yen s’est envolé de 8% face au dollar australien. Les incidents sont tels que la banque centrale australienne a jugé bon, la semaine dernière, de publier un rapport sur le sujet. Il en est notamment ressorti que les flash crashes se produisent le plus souvent entre la fermeture de Wall Street et l’ouverture du Nikkei, au Japon.

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5000 francs en quelques secondes

Ces mouvements peuvent sembler anecdotiques, surtout s’ils sont corrigés par le marché dans les minutes suivantes. Ils peuvent toutefois avoir des conséquences financières. Bloomberg raconte par exemple la mésaventure d’un client bancaire qui avait placé un ordre d’achat automatique à 1,0070. Celui-ci devait lui servir à limiter sa perte, lui qui avait une position «short» en dollar-franc. Soit la vente de dollars dans le but d’en racheter moins cher plus tard.

Lorsque son banquier l’a prévenu ce lundi matin, le dollar valait de nouveau 1,0020. On ne connaît pas les détails de cette opération, mais concrètement, si ce client avait vendu 1 million de dollars à 1,0020, il s’est retrouvé ce matin avec une perte sèche de 5000 francs. On ne sait pas non plus si le trader s’est excusé.

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