Le Covid-19 pourrait accélérer l’émission d’obligations paneuropéennes

Cette fois-ci, l’Europe du Sud – France, Italie, Espagne, Portugal et Grèce – n’est pas seule. Quatre autres pays de la zone euro – Belgique, Irlande, Luxembourg et Slovénie – l’ont rejointe et demandent à la Commission d’émettre des euro-obligations. La manne souscrite financerait la lutte contre le Covid-19, mais aussi les mesures pour éviter que la récession qui se profile ne soit trop brutale. «Reconnaissons la gravité de la situation et le besoin d’agir en vue d’une rapide reprise économique à la sortie de la crise», ont-ils écrit dans une lettre adressée à Charles Michel, président du Conseil européen. Lors de la crise financière en 2008-2009, un appel pour émettre des eurobonds avait fait long feu.

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Le premier ministre italien Giuseppe Conte vient de remettre l’ouvrage sur le métier. Déjà économiquement fragile, son pays est le plus sévèrement frappé en Europe par le Covid-19. Toute la machine économique, à l’exception des services essentiels, est à l’arrêt. C’est dans ce contexte qu’il a demandé, lors du dernier sommet européen le 20 février, à ses homologues de faire cause commune et proposé l’émission de «coronabonds», une catégorie particulière d’obligations pour répondre à l’impact de la pandémie.

Mutualisation des risques

Dès lors, tous les regards se sont tournés vers l’Allemagne, cheffe de file des pays qui avaient montré une farouche opposition aux euro-obligations en 2008-2009. Selon Valentin Bissat, économiste à la banque Mirabaud à Genève, Berlin ne souhaitait pas une mutualisation des risques. «Elle craignait que les pays périphériques de la zone euro renoncent à mettre en œuvre des réformes structurelles et à réduire leur déficit budgétaire en raison de taux d’intérêt plus attractifs», rappelle-t-il.

Changement de cap? Interrogée le week-end dernier au sujet des coronabonds par la presse berlinoise, la chancelière allemande Angela Merkel ne les a pas repoussés d’entrée. Il faut dire que l’économie allemande traverse une mauvaise passe. L’institut conjoncturel allemand Ifo a fait savoir jeudi que les attentes pour les exportations ont dégringolé de -1,1 point en février à -19,8 points en mars. Du jamais vu depuis mai 2009.

Les conditionnalités du MES

A quoi serviraient les coronabonds? «Ils permettraient à l’Italie et à d’autres pays de réduire leur coût de financement du fait de la mutualisation des risques entre Etats de la zone euro, affirme Valentin Bissat. Le niveau de l’endettement va augmenter et il s’agit d’éviter que ces derniers soient étranglés par le coût du service de la dette. Une garantie conjointe et solidaire réduirait les taux d’emprunts pour des pays tels que l’Italie et l’Espagne.»

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Lors d’une réunion de l’Eurogroupe mardi par vidéoconférence, certains ministres des Finances ont suggéré de solliciter plutôt le Mécanisme européen de stabilité (MES) créé en 2012 pour aider les pays en difficulté. Au besoin, le MES pourrait, selon eux, émettre des obligations dédiées à la crise liée au Covid-19. «Le problème est que cette caisse subordonne son aide à une stricte conditionnalité en imposant des réformes structurelles et d’équilibre budgétaire aux pays demandant son aide, relève Valentin Bissat. Ce que l’Italie et d’autres pays ne sont pas prêts à entendre.»

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