Le couperet va tomber pour l’automobile européenne

La surenchère des taxes douanières entre la Chine et les États-Unis a presque fait oublier que Donald Trump a ouvert un autre front dans la guerre douanière qu’il a déclarée à ses principaux partenaires commerciaux: l’Union européenne.

Or, ce week-end, le compte à rebours va arriver à son terme et le couperet tomber. Après la remise d’un rapport sur cette question par le département américain du Commerce il y a trois mois, l’administration Trump avait 90 jours pour prendre sa décision. L’heure a sonné. Elle dira dans les tout prochains jours si elle estime que les importations de voitures européennes – taxées pour l’heure à hauteur de 2,5% contre 10% pour les véhicules américains en Europe – représentent une menace pour la sécurité nationale.

Si la réponse est positive, Washington appliquera sa menace de hausser les droits de douane à 25% sur les marques du Vieux-Continent, ainsi que sur les équipements automobiles. La sécurité nationale est en effet au cœur de cette guerre, invoquée par les États-Unis envers la Chine, le Japon, le Canada, le Mexique ou l’UE. Cette notion de défense économique de secteurs jugés stratégiques pour un État est d’ailleurs reconnue par l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Panique en Allemagne

En Allemagne, surtout, c’est la panique. L’industrie automobile germanique est en effet le plus gros exportateur de la branche, avec un montant de 158 milliards de dollars en 2018, soit 20% du total mondial.

Selon l’institut économique IFO de Munich, la baisse des importations de voitures allemandes aux États-Unis pourrait atteindre 18,4 milliards d’euros à court terme si une surtaxe de 25% était introduite en fin de semaine. Pire: à long terme, affirme l’IFO, «les exportations de voitures allemandes vers les États-Unis pourraient chuter de 50%».

Depuis trois mois, les voyages des patrons de Volkswagen, Daimler et BMW se multiplient à Washington, pour tenter d’adoucir Donald Trump, obsédé par son déficit du commerce extérieur qui ne cesse de grandir, malgré ses hausses de barrières douanières avec la Chine surtout, à 681 milliards de dollars en 2018 (soit 3% du PIB américain) et une perte de 3,4 millions d’emplois industriels.

Délocaliser la production

«Les constructeurs doivent réfléchir à leur stratégie, affirme Martin Braml, chercheur à l’IFO. Ils pourraient par exemple contourner ces nouvelles taxes, en investissant davantage aux États-Unis ou au Mexique qui pourrait y échapper», avec, pour conséquence, la délocalisation croissante des sites de production allemands outre-Atlantique et, partant, la perte d’emplois en Allemagne. «D’ores et déjà, conclut cet expert, Donald Trump sort en partie gagnant».

(TDG)

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