Le chômage explose quand même en Suisse

Quatre mois de baisse réduits à néant en seulement deux semaines. C’est ce qu’il s’est passé sur le front de l’emploi, dans une Suisse presque paralysée par le coronavirus.

A fin mars, le taux de chômage a atteint 2,9% dans le pays, a annoncé mardi le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco). Alors que les blocages à l’échelle chinoise et mondiale avaient véritablement débuté en janvier, les fermetures suisses décrétées par le Conseil fédéral ont accéléré la tendance. Ainsi, plus de 135 000 personnes étaient sans emploi au 31 mars. Soit presque 18 000 de plus qu’à fin février, lorsque le taux de chômage pointait à 2,5%.

Un taux de 2,9%, cela n’était plus arrivé depuis février 2018. Mais ce chiffre serait sans doute beaucoup plus élevé sans la possibilité, désormais facilitée et accélérée, pour les employeurs de recourir au chômage partiel. Actuellement, 131 000 sociétés ont déposé une demande de chômage partiel. Et ce, pour 1,45 million de salariés. Soit un quart des actifs.

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Vanessa n’en fait pas partie. Cette employée de commerce, comme plusieurs de ses collègues, s’est fait signifier son licenciement pour «raisons économiques» mi-mars. Son employeur industriel n’a pas recouru au chômage partiel. Economiquement et humainement incompréhensible, regrette la trentenaire qui a fait appel au syndicat Unia pour défendre ses intérêts.

Tout tourne au ralenti

Le Covid-19 et l’économie

En attendant, elle cherche du travail. Même si l’obligation de prouver ses recherches auprès des ORP a été suspendue, Vanessa a envie de voir l’avenir avec plus de sérénité. Certes, l’administration se montre plus flexible. Mais le problème, c’est que «tout tourne au ralenti. Il y a tout au plus une offre par semaine qui correspond à mon profil.» En seulement deux semaines, le nombre d’offres de postes répertoriées sur les sites d’annonces a effectivement chuté de 26%, indiquait lundi Adecco, sans livrer de chiffres absolus.

Mais ce n’est pas seulement la rareté des propositions qui inquiète Vanessa. Chez les employeurs potentiels, impossible de joindre les bonnes personnes. Elle est obligée d’envoyer son dossier à des adresses génériques qui, pour l’instant, ne donnent ni de réponses, ni même d’accusés de réception. «Le pire, conclut Vanessa, c’est que j’avais encore beaucoup de travail à faire.»

C’est ce que dénonce dans un communiqué l’Union syndicale suisse (USS). «La statistique du chômage montre que des entreprises qui ne sont pas concernées directement par les restrictions d’activité licencient aussi, par exemple dans l’industrie, les transports et le secteur financier. Les licenciements vont bon train, alors que le Conseil fédéral a étendu le chômage partiel à pratiquement toutes les branches et à tous les types de contrat.»

L’USS craint que les chiffres du mois d’avril ne soient bien plus élevés encore. La faîtière des syndicats lance ainsi un appel: «Ce comportement des employeurs n’est pas acceptable. Les licenciements liés au coronavirus doivent cesser.»

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