Le Brexit va-t-il engendrer un nouveau taux plancher?

Les Britanniques diront le 23 juin par référendum s’ils souhaitent quitter l’Union européenne, une perspective qui inquiète les milieux économiques et les dirigeants du globe. «Un Brexit pourrait causer de graves dégâts régionaux et mondiaux», a prévenu mercredi le FMI. Selon le Fonds monétaire international, ce scénario créerait «une période prolongée d’incertitude croissante qui pourrait peser lourdement sur la confiance et l’investissement». Et la Suisse a de quoi s’inquiéter elle aussi, selon l’Aargauer Zeitung jeudi.

En effet, en cas de oui anglais au Brexit, le franc fort pourrait encore se renforcer. Un franc que la BNS tente de maintenir actuellement à 1,10 franc par rapport à l’euro, 15 mois après avoir aboli le taux plancher à 1,20 en janvier 2015. Mais il pourrait redevenir encore plus fort, selon les experts de la BNS, rappelle le journal. Ce qui pourrait obliger la Banque nationale suisse à réinstaurer un taux plancher. Avec pour conséquence que la direction actuelle de la BNS perde sa crédibilité et soit obligée de démissionner.

Le franc, monnaie refuge

Car il n’y a pas que la classe politique européenne qui craint le Brexit. Les investisseurs internationaux également. Et ils commencent déjà à fuir l’euro ainsi que la livre pour chercher refuge dans des monnaies plus sûres, à l’image du franc suisse et du dollar américain. En cas de sortie de la Grande-Bretagne de l’UE, l’euro aurait ainsi d’autant plus de la peine à se reprendre.

En outre, si l’Angleterre quitte l’UE, celle-ci en aura pour des mois, pour ne pas dire des années, à se reconstruire autour du noyau France-Allemagne, avec une cascade de traités à modifier. Corollaire: il sera alors difficile de présenter une politique commune européenne face à la Suisse, estiment les experts.

Mais contrairement aux idées reçues, l’économie européenne ne serait pas si touchée par un Brexit. Certains pays de l’UE, ainsi que des entreprises actives sur le plan international mais basées au Royaume-Uni, pourraient même sortir gagnants. Les relations économiques entre la Suisse et l’UE pourraient donc moins souffrir que prévu.

Gel des négociations Suisse-UE

Enfin, sur le plan politique, le Brexit a aussi des conséquences pour la Suisse. Il provoque en effet un statu quo sur l’avancée des négociations entre Berne et l’UE après le vote populaire du 9 février 2014 sur l’initiative de l’UDC contre l’immigration de masse. Le négociateur en chef de la Suisse pour le dossier européen, Jacques de Watteville, a rencontré plusieurs interlocuteurs de l’UE mardi et mercredi à Bruxelles. Il est notamment difficile d’avancer sur la libre circulation tant que le résultat du Brexit n’est pas connu, a déclaré le diplomate vaudois.

Les pourparlers entre la Suisse et l’UE sur ce dossier sont donc gelés dans l’attente du résultat du scrutin britannique, alors que le temps presse pour Berne puisque l’initiative doit entrer en vigueur en février 2017. (nxp)

(Créé: 14.04.2016, 10h15)