Le Brexit, ce dilemme sisyphéen

Les négociations du Brexit prennent du temps et les investisseurs laissent exprimer leur agacement sur les marchés. La semaine dernière, la livre sterling a subi sa plus grosse baisse contre le dollar, se traitant au-dessous de la barre des 1,31. De plus, l’indice FTSE 100 des cent entreprises britanniques les plus capitalisées a baissé de près de 8% durant la même période, mettant ainsi à mal la place financière londonienne.

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En effet, depuis le départ de Boris Johnson et de David Davis, respectivement secrétaires d’Etat des Affaires étrangères et du Brexit et tous deux fervents défenseurs d’un «hard Brexit», il semblerait que le gouvernement Tory n’a cessé d’afficher son désarroi. Les actions entreprises par la première ministre Theresa May, dont les négociations avec l’Union européenne restent au point mort, n’ont en effet pas eu la réussite escomptée.

Dès lors, le Conseil européen, incluant les 27 pays membres de l’Union réunis à Bruxelles la semaine dernière, a pris la décision de ne pas organiser un sommet spécial afin de régler les derniers différends relatifs à l’union douanière et aux contrôles douaniers entre le Royaume-Uni et l’Irlande (notamment l’Irlande du Nord). Ceci, compte tenu de l’absence d’avancement à ce sujet depuis la dernière réunion à Salzbourg du mois de septembre.

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Cependant, malgré l’impasse, il apparaît que l’arrangement transitoire initialement fixé pour fin mars 2019 puisse être étendu jusqu’en décembre 2020, voire 2021. Cette nouvelle proposition soumise par le négociateur en chef de l’Union européenne Michel Barnier à son homologue May lors de leur réunion à Bruxelles offrirait une porte de sortie bienvenue. En contrepartie, il est attendu que Londres garantisse un «double filet de sécurité» consistant en un alignement réglementaire et par conséquent un maintien d’une union douanière commune pour l’Irlande du Nord et la Grande-Bretagne jusqu’à conclusion, ou non, d’un accord commercial.

Gagner du temps

En dépit du fait que cette solution puisse permettre aux deux parties de gagner du temps afin de trouver une solution commune sans pour autant mettre en péril les relations sensibles de l’Irlande du Nord avec le Royaume-Uni, il reste néanmoins plusieurs conditions à remplir. Effectivement, le calendrier reste chargé puisque les pays membres de l’UE devront s’exprimer sur ce sujet lors de leur réunion du 13 au 14 décembre 2018. Une super-majorité incluant 20 pays membres (sur 27) devra alors approuver l’extension du traité de sortie du Royaume-Uni. Cette décision devrait ensuite faire l’objet d’une ratification des parlements anglais et européens deux semaines avant l’échéance de la période de transition actuelle fixée au 29 mars 2019.

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De ce fait, bien que plus de 80% de l’accord ait déjà été conclu, la tâche reste plutôt ardue, ceci notamment compte tenu des sujets à aborder tels que la contribution du Royaume-Uni au budget européen, estimée jusqu’ici à 39 milliards de livres (50,7 milliards de francs) et pouvant augmenter de 21 milliards d’euros (24 milliards de francs) si la période de transition est maintenue au-delà de décembre 2020 (date de clôture du budget financier européen pluriannuel).

Ceci aurait donc pour conséquence d’affaiblir le camp May, qui se retrouverait sans la garantie de pouvoir ratifier l’extension des négociations. Il est alors évident que la présentation du budget du chancelier de l’Echiquier Philip Hammond prévue le 29 octobre 2018 focalisera toute l’attention des investisseurs. En ces circonstances, il est clair que la tâche demeure complexe, alors que l’UE doit également faire face à un dossier des plus urgents concernant le budget italien. Ceci constitue un contexte général parsemé d’incertitudes et peu favorable à l’évolution des marchés financiers, qui pourraient rester très volatils.

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