Le boom de la réalité virtuelle

Depuis le rachat d’Oculus par Facebook en 2014 pour plus de deux milliards de dollars, les événements immersifs grand public à l’aide d’un visiocasque se multiplient dans le monde. Festivals de jeux vidéo, de cinéma – comme le Geneva International Film Festival qui vient de s’achever et qui proposait des films fulldome en 360 degrés, la réalité virtuelle offre aussi de multiples applications scientifiques, notamment en médecine, en architecture, en art et, inévitablement, en développements militaires.

Comme le relève Philippe Fuchs, professeur à Mines Paris Tech, co-auteur d’un «Traité de la réalité virtuelle en 4 volumes» (2006) et auteur d’un ouvrage récent intitulé «Les casques de réalité virtuelle et de jeux vidéo» (2016), cet univers immersif qui paraît nouveau aux yeux de la plupart d’entre nous fait l’objet de recherches depuis plus d’un quart de siècle. Il nous rappelle aussi que l’immersion ne suffit pas pour définir la réalité virtuelle. L’expérience doit inclure une réelle interaction entre l’utilisateur et l’environnement virtuel proposé. Un spectateur passif ne vit donc pas vraiment une véritable expérience VR (pour Virtual Reality).

«Cette culture hypermoderne nous interpelle comme individu encore libre de ses choix»

Cette illusion participative, dans le secteur marchand tout comme dans celui du secteur artistique, avait déjà été suggérée par Gilles Lipovetsky et Jean Serroy dans leur livre L’écran global (2007). Les visiocasques de plus en plus fiables ainsi que toutes les techniques de marketing expérientiel de l’ère digitale, incluant le nouveau Storytelling VR servi par de puissants algorithmes, nous confrontent toujours aux mêmes problématiques. Comment dépasser le spectaculaire et l’illusion qu’offrent ces expériences sensorielles pour en trouver le sens, l’utilité? Quelle confiance peut-on avoir à l’égard de cette réalité virtuelle, aussi séduisante soit-elle? Au-delà des nouveaux usages et comportements, la culture hypermoderne nous interpelle comme individu encore libre de ses choix.

L’enthousiasme que suscitent les promesses de la réalité virtuelle (à ne pas confondre avec la réalité augmentée) ne connaît ni frontière ni culture. La VR puise sa formidable puissance d’attraction dans la dissolution de deux mondes, celui du travail et celui des loisirs. Comme le décrit le sociologue Patrice Flichy dans son dernier livre,Les nouvelles frontières du travail à l’ère numérique (2017), la frontière s’atténue. Et si, effectivement, les loisirs deviennent le phénomène social majeur de notre société hypermoderne, alors la réalité virtuelle sera sans nul doute au cœur de notre réalité tout court. (TDG)

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