L’économie du partage s’invite dans le luxe

L’économie du partage s’installe dans le secteur du luxe suisse. L’horloger bâlois Dubois et fils et des sites tels que Ragfair ou Fashion emergency, qui permettent de louer des habits pour des occasions spéciales, témoignent d’une demande encore timide mais qui avance progressivement.

Louer une voiture ou un vélo pour quelques heures est déjà bien ancré dans les habitudes helvétiques, mais louer une montre de luxe l’est beaucoup moins, contrairement aux Etats-Unis.

Thomas Steinemann, principal actionnaire de l’horloger Dubois et fils, est pourtant persuadé que la demande pour la location des montres de luxe finira par décoller aussi en Suisse. «Cela prendra du temps mais c’est un secteur d’avenir», assure-t-il à AWP. La marque horlogère rhénane a lancé ce service sur internet en 2017, après une phase test en 2016.

«L’offre comprend actuellement 18 montres», explique le directeur général. D’abord restreint aux actionnaires de Dubois dans une première phase, la location de garde-temps a par la suite été ouverte aux membres de la famille ainsi qu’aux amis.

Les montres, dont les prix varient ente 4000 et 9000 francs, sont louées entre 80 à 150 francs par mois. La location est possible pour une période d’un à douze mois. Une taxe unique par garde-temps loué de 150 francs doit également être versée par la personne désireuse de porter temporairement un garde-temps de la plus vieille marque horlogère suisse, selon le propriétaire.

«On a d’abord voulu étendre ce service mondialement, mais on s’est rendu compte que ce n’était pas facile d’un point de vue logistique», poursuit celui qui a racheté la société en 2010. La marque compte chercher l’année prochaine des partenaires établis notamment aux Etats-Unis ou au Moyen-Orient pour développer son offre.

«Nous avons régulièrement cinq à dix montres en location», précise M. Steinemann, ajoutant que la majorité des clients a entre 40 et 45 ans.

Certains prennent par exemple deux à trois modèles pour un mois. «Nous avons aussi un client qui a loué une pièce pour 12 mois, mais il s’agit là plutôt d’une exception», précise celui qui a organisé un financement collectif («crowdfunding») pour collecter des fonds en 2013.

Conquérir la Romandie

Côté habillement, les deux initiatrices du site Ragfair, spécialisé dans la location de vêtements et d’accessoires destinés surtout à des occasions spéciales tels l’opéra ou les mariages, confirment aussi qu’il existe une demande pour ce genre de services.
«Elle est encore petite mais croît mois après mois», assurent Elena Romanovska et Natalia Pinskaya. «La demande s’accroît en particulier l’été et lors des fêtes de fin d’année.»

Une volonté de changer progressivement le mode de consommation en vogue dans le secteur de l’habillement («fast fashion») a en partie poussé ces deux trentenaires à fonder leur start-up l’année passée. «Et comme la plupart des femmes, on a souvent l’impression de n’avoir rien à mettre alors que notre armoire est pleine», admettent-elles.

Entre 2000 et 2014, la production mondiale de vêtements a en effet doublé et le nombre d’habits achetés chaque année par les consommateurs a augmenté de 60%, grâce à des produits moins chers et des collections souvent renouvelées, selon le cabinet McKinsey & Company.

La jeune pousse zurichoise compte pour sa part en moyenne dix clientes, qui payent pour ce service 129 francs par mois leur donnant droit à la location de trois pièces. «On peut louer une tenue complète comprenant une robe, un sac et des accessoires», détaille Natalia Pinskaya.

Les deux entrepreneuses se fournissent auprès de jeunes designers un peu partout dans le monde ou achètent des vêtements d’occasion de marques très connues. «On avait craint que nos clientes soient rebutées par le port d’habits d’occasion mais ce n’est heureusement pas le cas», constate Elena Romanovska.

Une année après le lancement de leur site, Ragfair compte maintenant un stock de 500 pièces et veut conquérir la Romandie à partir de 2019. Un service de location de robe pour quelques jours et non pour un mois sera aussi lancé d’ici la fin de l’année.
«Pour nous développer, nous pensons aussi à lever des fonds auprès d’investisseurs», complètent-elles.

Outre les Etats-Unis, des pays européens comme la France et l’Allemagne connaissent aussi un intérêt croissant pour des sites de location de vêtements, de plus de gens ayant à coeur de promouvoir une mode plus responsable. Le portail Panoply par exemple est l’un des sites qui commence à faire ses preuves dans l’Hexagone. (ats/nxp)

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