L’assèchement du Rhin rend notre essence plus chère

Les Ports rhénans suisses ont dévoilé jeudi dernier une baisse de 19% à 4,7 millions de tonnes des volumes de fret manutentionné pour l’année écoulée. Le repli est de 24% à Birsfelden, le port spécialisé dans les produits pétroliers. La chute est d’autant plus spectaculaire que les autorités portuaires avaient enregistré des valeurs records au premier semestre 2018.

L’exercice précédent, les Ports rhénans suisses ont enregistré 113 jours pendant lesquels le niveau des eaux du Rhin était en deçà de 80 centimètres – il n’existe pas de seuil minimal à partir duquel la navigation serait interdite. C’est presque autant que le cumul des années 2011 à 2017 (116 jours). En cause, une chaleur record et un manque persistant de pluie, selon Météo Suisse.

Les restrictions de navigation sur le Rhin, consécutives aux basses eaux, ont eu deux effets: l’augmentation des coûts de transport dans un premier temps. Les porte-conteneurs ont été plus nombreux, car circulant à charge réduite, comme l’indiquent les chiffres publiés par les Ports rhénans suisses. Malgré la baisse des volumes de fret, le trafic de containers s’est maintenu au niveau record de 2017 (plus de 119’000 équivalents vingt pieds).

BP Suisse, à l’instar d’autres industriels rhénans, a «travaillé dur» pour reporter une partie du trafic sur le rail, explique à AWP un porte-parole de la société pétrolière.

Le prix à la pompe grimpe

Dans un deuxième temps, certaines industries ont frôlé la pénurie. Afin de les éviter s’agissant de produits vitaux, l’Office fédéral pour l’approvisionnement économique du pays (OFAE) s’assure du maintien de stocks d’urgence. «Dans le cas des produits pétroliers, commente BP Suisse, le prélèvement dans les stocks d’urgence de la Confédération a été salutaire, du fait que 23% des importations du secteur transitent par le Rhin».

Peter Lehman, responsable des stocks à l’OFAE, atteste du prélèvement l’année dernière de 6,5% du total des stocks d’urgence de diesel, 4,4% de ceux d’essence et 1,8% de kérosène. «Ce n’est arrivé que deux fois auparavant en dix ans et pour des quantités bien moindres,» précise-t-il.

Dans tous les cas, c’est le consommateur final qui finance les surcoûts. Porte-parole de l’Union pétrolière suisse, David Suchet confirme que les coûts du fret, qui ont bondi d’environ 15 francs la tonne d’essence à 209 francs entre juillet et novembre 2018, ont été répercutés sur le prix du carburant à la pompe.

Stocks d’urgence

Quant aux coûts de maintien de stocks d’urgence, l’OFAE explique qu’ils sont inclus dans le prix de vente des denrées concernées et sont financés par les consommateurs. «En moyenne, chaque habitant de la Suisse paie ainsi 13 francs par an», explique l’administration sur son site internet.

Le canton de Bâle-Ville a déjà pris des mesures en anticipation d’éventuelles perturbations du trafic fluvial. Christoph Brutschin, directeur cantonal des affaires économiques et sociales et de l’environnement indique ainsi que fin janvier 2019, le chenal de navigation du Rhin au niveau de Bâle a été approfondi de 30 centimètres.

Les climatologues de l’EPFZ, repris par Météo suisse, prévoient à l’avenir un climat plus sec, plus chaud, avec moins de neige pour la Suisse. (ats/nxp)

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