L’arrestation d’une responsable de Huawei, exigée par Washington, affole les marchés

Meng Wanzhou, directrice financière de Huawei, a été arrêtée samedi à Vancouver sur demande des États-Unis, sans qu’aucun motif n’ait été officiellement formulé. Des sources proches du dossier évoquent une violation des sanctions contre l’Iran instaurées par Washington.

Mais cet épisode n’est que le dernier en date d’une véritable charge sonnée contre le groupe chinois sur fond de guerre pour l’hégémonie technologique. Mercredi, l’opérateur britannique British Telecom annonçait qu’il renonçait à Huawei pour l’installation de la 5G.

La semaine dernière, les services secrets néo-zélandais demandaient à l’opérateur Spark de renoncer à l’équipement du groupe chinois «pour des raisons de sécurité», suivant en cela l’Australie, qui interdisait en août dernier de recourir aux équipements chinois de Huawei et ZTE pour la 5G. Ces turbulences répétées, amplifiées par cette arrestation, ont fait chuter les marchés: Wall Street plongeait hier de 3,5%, suivis par le Nasdaq, le CAC 40 et le SMI.

Selon Washington, la proximité de l’opérateur chinois avec le pouvoir central de Pékin laisse craindre que des pressions puissent être exercées sur lui afin qu’ils livrent des renseignements grâce à ce flux de données auxquelles il a accès. Espionnage, data mining, la parano s’installe. Elle n’est pas infondée, mais il s’agit de la replacer dans la guerre commerciale à laquelle se livrent les différents acteurs pour la mainmise sur ces autoroutes de l’information.

Accusations récurrentes

Aux États-Unis, la défiance envers l’opérateur chinois remonte déjà à plusieurs années. «Les accusations d’espionnage et de piratage sont récurrentes, rappelle Stéphane Koch, expert en stratégie digitale. C’est arrivé il y a deux ans, et déjà en 2014. Il est possible d’intégrer des «firmwares» dans les logiciels, qui ont accès au flux de données, mais ne perdons pas de vue que les Chinois ne sont pas les seuls à pouvoir le faire. Gardons un œil sur Huawei, pourquoi pas, mais n’oublions pas les autres fabricants et les autres grandes puissances.» On se souvient des pressions exercées avec succès par la NSA afin d’accéder aux données de Google et Apple, dénoncées par Edward Snowden. Ou des soupçons qui pèsent sur l’entreprise russe Kaspersky Lab, qui introduirait des mouchards dans les antivirus qu’elle produit, sur ordre du FSB (services secrets russes).

Huawai domine le marché

Huawei domine nettement le marché des équipements de télécommunications avec 22% de parts de marché, loin devant Ericsson (13%) et Nokia (11%). «Il n’est pas bon de se mettre à la merci d’un seul fournisseur, surtout s’il est aussi puissant», poursuit Stéphane Koch.

En Suisse, les opérateurs ont toute latitude pour conclure des partenariats avec des fournisseurs. «Il n’existe aucune disposition légale permettant à la Confédération d’exercer une quelconque influence sur l’acquisition d’équipements par les entreprises de téléphonie mobile», précise l’Office fédéral de la communication. La loi sur les télécommunications stipule qu’ils doivent assurer le secret et la protection des données, rien de plus. Et dans le processus de révision du texte, Berne se limite à proposer que les fournisseurs de services de télécommunications soient tenus de lutter contre les manipulations non autorisées.

Ces questions ne sont ni du ressort du Département de la défense, ni de celui des Services de renseignements. L’Unité de pilotage informatique de la Confédération (UPIC), de même que la Centrale d’enregistrement et d’analyse pour la sûreté de l’information (MELANI), quant à elles, «ne surveillent pas les fournisseurs privés, non plus ceux de l’étranger», nous ont-ils déclaré.

La Suisse confiante

Huawei est pourtant bien présent en Suisse. Au premier semestre 2018, le chiffre d’affaires du secteur Consumer a plus que doublé, et celui du secteur des entreprises a augmenté de 35%, par rapport au premier semestre 2017. Le groupe assure l’installation de la 5G pour Sunrise, et collabore dans le domaine du réseau fixe avec Swisscom, qui déclare n’être «jusqu’ici en possession d’aucune information susceptible de laisser entrevoir des incertitudes quant à la sécurité» vis-à-vis de son partenaire. Chez Sunrise, on qualifie la rupture de contrat entre des opérateurs étrangers et Huawei de «décision politique»: «Nous ne voyons aucune raison pour les autorités suisses d’en arriver à la même conclusion, et aucune irrégularité n’a jamais été détectée dans l’équipement ou les logiciels de Huawei.»

(TDG)

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