Lançons une initiative pour des ONG responsables

Dans un rapport, l’ONG Solidar Suisse conclut que les entreprises suisses qui ne peuvent pas s’assurer de l’absence de travail des enfants ne doivent plus acheter le coton du Burkina Faso. Par ce rapport, Solidar pousse les entreprises suisses à quitter le Burkina, car il leur sera impossible de s’assurer qu’aucun enfant parmi les quelque 3 millions de cotonculteurs du pays ne participe à des travaux agricoles.

Cette situation va laisser le champ libre à d’autres entreprises, par exemple asiatiques, dont les considérations sociales sont questionnables. L’Asie achète déjà plus de 80% du coton du Burkina et les dirigeants doivent se réjouir du départ de concurrents. Dès lors, nous pouvons nous demander quels intérêts sont défendus par Solidar, ceux des enfants burkinabés ou ceux des marchés asiatiques.

Le rôle des négociants et celui de l’Etat

Lorsque vous êtes dans une extrême pauvreté, que vous n’avez pas les moyens d’envoyer votre enfant à l’école soit parce que vous n’avez pas d’argent, soit parce qu’il n’y a pas d’école à moins de deux heures de marche, votre enfant vous accompagne au champ afin d’aider sa famille à se nourrir. Les enfants en bas âge ne peuvent évidemment pas rester seuls à la maison, donc ils accompagnent leurs parents au champ. Ils restent assis par terre à jouer entre eux.

Il est facile de reprocher aux entreprises qui achètent le cacao, le café ou le coton de laisser faire. Mais les champs appartiennent aux paysans et non pas aux acheteurs et toutes les coopératives de cacao que j’ai visitées en Afrique affichent des avertissements montrant qu’il ne faut pas faire travailler les enfants. On accuse les négociants d’acheter les marchandises à des prix trop bas, mais toutes ces marchandises sont vendues sur le marché international au prix que nous, consommateurs, dictons. Il est de bon ton d’affirmer qu’il faut acheter plus cher ces marchandises, mais encore faut-il pouvoir trouver des acheteurs à ces prix. Aujourd’hui, il y a plus de cacao issu du commerce équitable que de demande de la part du consommateur, cherchez l’erreur! De plus, dans de nombreux pays, c’est l’Etat lui-même qui fixe le prix d’achat aux paysans. C’est le cas par exemple du cacao en Côte d’Ivoire et du coton au Burkina Faso.

D’abord comprendre la réalité locale

La meilleure manière d’agir contre le travail des enfants est de comprendre les problématiques locales, qui peuvent être très différentes à l’intérieur d’un même pays. Dans certains cas, il n’y a pas d’école à proximité, dans d’autres il n’y a pas d’enseignant prêt à habiter en brousse. Ou encore les enfants ne disposent pas d’un certificat de naissance et l’Etat leur interdit d’aller à l’école, comme en Côte d’Ivoire, où un enfant doit posséder un certificat de naissance pour pouvoir continuer d’aller à l’école à partir de l’âge de 10-12 ans.

Toutes ces ONG qui passent leur temps à traquer nos entreprises à l’étranger ont-elles vraiment analysé la situation de manière globale?

Juger les pays du sud sur le travail des enfants qui travaillent à côté de leurs parents dans les champs est une attitude néocolonialiste. Je ne dis pas que le travail des enfants est de ce fait acceptable, mais la causalité du phénomène est complexe et les paysans font de leur mieux pour leur famille. Rappelons-nous qu’il y a quelques dizaines d’années les enfants des familles paysannes aidaient aussi dans les champs. On appelait même les vacances d’octobre les «vacances de patates».

C’est très populiste et facile de mettre la faute sur les entreprises. Celles-ci créent des millions d’emplois en Afrique car elles permettent aux paysans indépendants d’avoir au final un débouché pour leurs récoltes. Rappelons que l’un des plus grands maux de ce continent est le chômage. Si des gens risquent leur vie tous les jours pour venir en Europe, c’est pour trouver du travail. Qui d’entre vous est prêt à risquer sa vie pour trouver un travail?

On peut évidemment toujours faire mieux et il est naïf de penser que les entreprises font tout juste, mais il est tout aussi naïf de penser qu’elles ne font rien. Elles n’ont aucun intérêt à paupériser les agriculteurs qui déserteront ce métier, provoquant une pénurie de matières premières et la fin de leurs affaires.

Manque de transparence des ONG

Toutes ces ONG qui passent leur temps à traquer nos entreprises à l’étranger ont-elles vraiment analysé la situation de manière globale? Quelles sont leurs solutions pour éliminer le travail des enfants? Sont-elles aussi transparentes qu’elles veulent bien le dire? Publient-elles le nom de leurs légataires et donateurs? N’ont-elles pas des donateurs qui ont des intérêts économiques inavouables?

Un autre problème qui se présente à la filière du coton est le préfinancement des campagnes. Pour accéder à cet argent, les cotonculteurs doivent se tourner vers des banques, mais ces dernières sont de plus en plus frileuses pour octroyer des prêts, surtout si elles sont sous le feu des ONG. Dès lors, qui va prêter l’argent à tous ces paysans pour qu’ils puissent travailler? Est-ce que Solidar est prêt à le faire?

Je constate que les ONG qui veulent le bien des pays du sud risquent de faire plus de mal qu’elles ne l’imaginent en effectuant une analyse partielle du problème. En attaquant les entreprises suisses de la sorte, elles se soucient plus de leur publicité que du bien-être des cotonculteurs burkinabés. A quand une initiative pour des ONG responsables?


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