La tomate sous serre chauffée est-elle bio?

Qu’est-ce que le bio? Des légumes dignes d’un potager fantasmé? Ou un pan de l’agro-industrie plus sévèrement encadré? En fin de semaine, la France a adopté un compromis sur un aspect crucial de cette production qui ne parvient pas à suivre la consommation: le chauffage des serres, autorisé par les règles européennes.

Durant des mois, les défenseurs des valeurs originelles du bio – en lutte contre les tomates et les courgettes hors saison – se sont opposés aux lobbies poussant à l’industrialisation de la filière. Selon les premiers, chauffer un hectare de serres bio tout l’hiver à 20 °C brûlerait plus de 200 000 litres de mazout, hérésie à leurs yeux.

Tomate, courgette, doucette

Jeudi, par vingt-deux voix contre quinze – ce qui montre l’ampleur des dissensions – la filière française a finalement décidé que les serres bios pourraient continuer d’être chauffées… mais que leurs récoltes ne pourraient être vendues avant fin avril, limitant l’intérêt de la pratique. Et le ministre de l’agriculture a fait valoir qu’en 2025 les serres devraient être chauffées à l’aide d’énergies renouvelables, «obligation valable pour toute nouvelle serre construite aujourd’hui», rapporte l’AFP.

Qu’en est-il en Suisse? Les principaux produits ayant recours au chauffage sont la tomate, la courgette, l’aubergine, le concombre ou le rampon. Et les propos du ministre genevois Pierre Maudet, qui estimait en 2017 que «notre production agricole standard correspond aux normes du bio en France», restent en mémoire.

Pas à plus de 10 °C en Suisse

Un contact avec le secrétariat de BioSuisse – fédération qui regroupe 7100 agriculteurs – remet les choses en perspective. Couvrant 165 pages, son cahier des charges indique que le chauffage au mazout ou au gaz est autorisé. Mais son utilisation est étroitement encadrée. BioSuisse autorise ainsi le chauffage uniquement dans les serres disposant de parois et de toit isolés. Pas à plus de 10 °C et seulement entre début décembre et fin février. Dans les autres serres, son recours est permis uniquement pour éviter que tout ne gèle.

Dès le 1er janvier 2020, les nouveaux producteurs devront en outre construire d’office des serres isolées et chauffées à l’aide d’énergie renouvelable. Les exploitations existantes disposeront d’un délai de vingt ans pour moderniser serres et système de chauffage. Les plus cyniques pointeront qu’au rythme du réchauffement climatique promis par les scientifiques, ce débat pourrait rapidement devenir caduc.

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