La température moyenne pourrait augmenter de 7 degrés d’ici à 2100

Il y a cinq ans, les prévisions du GIEC avaient déjà créé une onde de choc: la température moyenne mondiale serait de 4,8 degrés supérieure à l’ère préindustrielle à la fin du siècle si rien n’était entrepris pour freiner le réchauffement climatique.

Or, il apparaît que cela serait pire encore. Selon des scientifiques français, qui ont travaillé sur de nouveaux modèles, cette hausse atteindra 6,5 à 7 degrés en 2100. Ceci dans l’hypothèse d’une croissance économique rapide et toujours alimentée par les énergies fossiles. La centaine de chercheurs et d’ingénieurs du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et de Météo-France ont soumis leurs modèles à plusieurs scénarios socio-économiques. Ces modèles, développés par le CNRM et l’institut parisien Simon Laplace, sont plus fiables et plus fins que les précédents.

Concrètement, cela signifierait pour l’Europe des périodes de sécheresse plus longues et plus étendues. «La Garonne pourrait être à sec durant plusieurs mois à partir de 2070», a illustré David Salas y Mélia, climatologue responsable du climat au centre de recherche CNRM (Météo-France – CNRS). On se souvient, en Suisse, de lacs et cours d’eau desséchés, à l’image du Doubs…

Les forêts au centre

Les feux de forêts pourraient également être plus nombreux, et répartis sur un plus vaste territoire que le sud de l’Europe. Là encore, les premiers signes avant-coureurs ne sont pas passé inaperçus cet été, avec les incendies de Sibérie et la toundra en feu.

D’autres études déjà rendues publiques vont également dans le sens d’un réchauffement climatique accentué, «en raison d’une réaction plus forte du climat à l’augmentation des gaz à effet de serre anthropique que dans les simulations datant de 2012», ajoutent les experts. La déforestation accélérée des forêts pluviales, et les feux intentionnels, comme on l’a vu dans le bassin amazonien, ne faisaient pas partie des critères pris en compte lors du précédent rapport du GIEC en 2014, précisait le climatologie Martin Beniston en août dernier dans «Le Matin Dimanche».

La nécessité d’un changement immédiat

Mais tout aussi alarmant est le constat suivant: si priorité était donnée dès maintenant au développement durable, avec conversion vers les énergies renouvelables, et ce dans l’hypothèse d’une coopération internationale, il serait tout juste possible de contenir le réchauffement global à peine au-dessous de 2 degrés. En clair, cela impliquerait la diminution immédiate des émissions de CO2, la neutralité carbone à l’échelle du globe en 2060 et une captation de CO2 atmosphérique de l’ordre de 10 à 15 milliards de tonnes par an en 2100 – un objectif qui n’est pas encore certain d’être atteint techniquement parlant, notait mardi l’AFP. Et, cerise sur le gâteau, «en acceptant un dépassement temporaire de l’objectif 2 degrés au cours du siècle», précisent les auteurs du rapport.

Et l’on est loin du compte: les engagements (qui ne se traduisent pas forcément par des mesures concrètes!) pris jusqu’à présent par les États ne limiteraient le réchauffement qu’à 3 degrés. Loin, bien loin des 1,5 degrés fixés en 2015 par l’Accord de Paris…

«La température moyenne de la planète à la fin du siècle dépend fortement des politiques climatiques qui seront mises en œuvre dès maintenant et tout au long du XXIe siècle »


CNRS, Météo-France et le CEA dans leur présentation ce mercredi

Conscient de l’urgence du calendrier, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a convoqué les dirigeants mondiaux à un sommet lundi prochain à New York, après celui de la jeunesse sur le même thème ce samedi. «Je voudrais voir toute la société accroître la pression sur les gouvernements pour qu’ils comprennent qu’ils doivent aller plus vite, car nous sommes en train de perdre la course», a-t-il déclaré à plusieurs dizaines de médias internationaux.

Quant au prochain rapport du GIEC, le septième, qui tiendra compte de ces recherches, il est attendu pour 2021.

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