La Suisse veut séduire les employés méritants chinois

La semaine passée, l’Office du tourisme vaudois s’est mis en quatre pour accueillir une vaste délégation de vendeurs travaillant pour le géant C-Trip, une agence chinoise de voyages en ligne (lire ci-dessous). Étant donné la volonté stratégique d’attirer de plus en plus de touristes chinois en nos vertes contrées, cette visite présentait un double enjeu.

Tout d’abord, elle permettait de mettre en avant les atouts touristiques de la région auprès d’agents dont l’une des tâches est, au quotidien, de proposer à leurs clients des excursions en Suisse, dont certaines en Suisse romande. Ensuite, cette visite répondait également à la volonté actuelle de développer une forme très prometteuse de tourisme: le «voyage d’incentive» ou, en français, le «voyage de récompense».

«Aux États-Unis, où le phénomène est né depuis un certain temps déjà, l’on parle «d’incentive d’entreprise». En gros, il s’agit de récompenses de diverses natures offertes par une société à ses meilleurs clients ou à ses salariés les plus performants», résume François Michel, vice-président et directeur marketing de l’Office du tourisme du canton de Vaud. En tête de liste des récompenses les plus prestigieuses arrive le voyage tous frais payés par l’entreprise et réalisé dans des conditions généralement très favorables (bons hôtels, vol en classe business, etc.).

Une clientèle prioritaire

Depuis quelques années, les grands groupes, chinois et indiens en particulier, se sont adaptés à cette pratique entrepreneuriale. Ils envoient ainsi de plus en plus de clients et de salariés aux quatre coins du monde. Pour la Suisse – en particulier la Suisse romande – l’enjeu est actuellement de capter cette nouvelle classe de voyageurs. «Attirer cette clientèle fait effectivement partie de nos priorités», confirme Didier Allaz, directeur du Bureau des congrès à Genève.

Pour le tourisme romand, cette classe particulière de voyageurs présente de nombreux avantages. «À l’inverse des cars de touristes chinois qui congestionnent les rues d’Interlaken et d’autres destinations particulièrement prisées par les touristes chinois en Suisse, cette clientèle a tendance à rester plus longtemps au même endroit et surtout à dépenser plus d’argent car tout est pris en charge par leur entreprise», explique François Michel. «Étant donné que nos infrastructures hôtelières sont relativement limitées autour du Léman, nous préférons plébisciter un accueil plus qualitatif que quantitatif, en harmonie avec notre culture», confirme son homologue genevois. Dans une époque où l’afflux massif de touristes est de plus en plus contesté, cette stratégie permet notamment de limiter les intrusions auprès de la population locale.

Concurrence internationale

Du coup, tant du côté vaudois que genevois, de gros efforts sont faits pour offrir à cette clientèle très spécifique les meilleures conditions de voyage possible. «Nous faisons un énorme travail en amont pour leur ouvrir les portes nécessaires et leur livrer un programme de voyage clés en main», explique Didier Allaz. Selon les deux directeurs, cette approche est le seul moyen pour se différencier face à une concurrence internationale. De Paris à Berlin en passant par Rome ou encore Londres, la lutte pour séduire et attirer ces touristes particuliers est en effet mondiale.

Les deux cantons n’hésitent ainsi pas à collaborer, conscients que la première bataille à gagner est avant tout de convaincre ces visiteurs indiens et chinois de choisir la Suisse comme destination touristique. «Au vu de la taille de l’arc lémanique, il est nécessaire de briser le concept de frontières entre nos deux cantons», assure Didier Allaz.

Mais si le directeur du Bureau des congrès à Genève n’hésite pas à inscrire le musée Chaplin ou les vignes de Lavaux dans la feuille de route de visite d’une délégation indienne ou chinoise, ce dernier l’avoue: «Je préfère naturellement que ces voyageurs reviennent ensuite sur Genève pour y passer leurs nuits d’hôtel.»

(TDG)

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