La Suisse va souffrir du conflit sino-américain

Les entreprises helvétiques regardent, elles aussi, avec inquiétude s’écouler le compte à rebours imposé par Washington à l’industrie automobile européenne.

Les marchés boursiers mondiaux se redressent mercredi après l’annonce d’un probable report par les Etats-Unis de l’instauration de droits de douane sur les importations de voitures en provenance de l’Union européenne. Selon trois responsables au sein de l’administration Trump, le report pourrait aller jusqu’à six mois.

Le président américain dira samedi s’il suit les conclusions de Ministère américain du commerce, selon lequel la forte disparité des droits de douane sur les importations de véhicules entre les États-Unis (2,5%) et l’Union européenne (10%) relève de la sécurité nationale.

Si le Président devait ne pas surseoir à sa décision, le prix d’une VW, d’une Mercedes, d’une Fiat ou d’une Renault coûterait subitement 25% de plus outre-Atlantique. Or, si la Suisse n’a pas d’industrie automobile à proprement parler, elle est une grosse exportatrice de composants, de pièces détachées et de machines pour les constructeurs européens, allemands principalement.

Les commandes reculent

Le ralentissement de l’économie mondiale – dû notamment aux incertitudes liées à la guerre commerciale mondiale que Washington livre ou veut livrer à ses partenaires économiques – a déjà fait des dégâts en Suisse. «Un ralentissement de la conjoncture dans les principaux marchés de l’industrie des machines, des équipements électriques et des métaux se fait ressentir, affirme ainsi Philippe Cordonnier, porte-parole de l’association faîtière Swissmem, dans un communiqué. Ainsi, durant le premier trimestre 2019, les entrées de commandes ont diminué de 5,1% et le chiffre d’affaires de 1,1% par rapport à la même période de l’année précédente.»

Les attentes des entrepreneurs pour les douze mois à venir «sont donc modérées». Selon la dernière enquête réalisée par Swissmem, la moitié d’entre elles s’attend à ce que les commandes stagnent cette année et un quart prévoit même qu’elles vont reculer. D’une façon générale, le Secrétariat d’État à l’économie (SECO) n’est guère plus optimiste. Le groupe d’experts de la Confédération vient ainsi d’abaisser les prévisions de croissance pour 2019 de 1,5 à 1,1%, contre 2,5% l’an dernier.

Horlogerie et pharma menacées

«Si le différend commercial opposant les États-Unis à d’autres économies s’envenime, la conjoncture internationale et le commerce mondial risquent de ralentir plus fortement que prévu, affirme le SECO. La Suisse serait particulièrement touchée en cas d’escalade du conflit entre Washington et l’Union européenne et si, par exemple, des droits de douane massifs venaient à frapper l’automobile allemande.»

Autres gros secteurs d’exportations helvétiques, l’horlogerie, le luxe et la pharma semblent pour l’heure épargnés. Mais l’effet domino d’un ralentissement mondial les menace également.

(TDG)

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