La Suisse, îlot de cherté des tests anti-covid

La pression monte pour que les tests rapides restent gratuits. Le Conseil fédéral a décidé que cette forme de dépistage du covid serait payante dès le 1er octobre, un choix qui est contesté par tous les partis politiques à l’exception du PLR. En Suisse alémanique, une pétition en ligne a réuni plus de 200 000 signatures. Il faut dire qu’avec l’introduction du certificat sanitaire dans les lieux publics, la demande explose: 477 000 tests ont été réalisés depuis le début du mois, selon l’Office fédéral de la santé publique (OFSP).

Patienter 24 heures

Combien coûtera le dépistage si le gouvernement refuse de plier? L’OFSP l’estime à environ 50 francs, alors qu’un test PCR, plus précis et exigé pour certains voyages, est facturé en moyenne 150 francs. Ces prix sont indicatifs car ils varient considérablement d’un laboratoire à l’autre.

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Chez notre voisin autrichien, un test rapide coûte en moyenne quelque 27 francs et un test PCR un peu moins de 80 francs, selon l’association allemande ADAC – l’équivalent du Touring Club suisse – qui vient de réaliser un comparatif européen.

A titre d’exemple, l’aéroport de Vienne propose un dépistage PCR à 80 francs pour les adultes et réduit la facture de 20 francs pour les enfants. A l’aéroport de Zurich, le même test PCR vous coûtera 170 francs si vous passez par la start-up Viselio et que l’analyse est réalisée en Suisse. Ce montant pourra toutefois baisser de 35 francs si vous pouvez patienter 24 heures. Pour cause: votre échantillon partira en République tchèque pour y être analysé.

Coûts plus élevés en Suisse

«Comme pour les médicaments ou d’autres produits, la Suisse est un îlot de cherté», déplore Nicolas Vuilleumier, président de l’Association des laboratoires médicaux suisses. L’organisation regroupe des hôpitaux, des entreprises et des centres de santé, puisque les tests et les diagnostics ont la particularité d’être menés par des acteurs publics et privés.

Médecin-chef du service de médecine de laboratoire des HUG, l’homme estime qu’un faux procès est fait à cette branche peu connue jusqu’à ce que la pandémie éclate. Selon lui, il n’y a pas que les coûts de main-d’œuvre plus élevés qui vont gonfler la facture: «Le réactif qui va permettre de faire le test est un produit à très haute valeur ajoutée. Son coût va facilement représenter la moitié du prix de revient du test. Or, son prix est souvent de l’ordre de 50% plus cher en Suisse par rapport aux pays européens.»

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«Si nos autorités entendent baisser encore le tarif des analyses Covid-19, il faut alors qu’elles prennent le taureau par les cornes et engagent des négociations avec l’industrie du diagnostic pour que le coût du réactif en Suisse soit aligné sur celui des pays européens», conclut le médecin.

Manque de transparence critiqué

L’OFSP souligne que, comme ces tests ne sont pas inscrits dans l’assurance de base, c’est le marché qui décide des tarifs appliqués. Des négociations ont en revanche lieu entre les laboratoires et la Confédération pour fixer le prix de remboursement des tests: 25 francs pour un test rapide et 82 francs pour un test PCR. Un montant qui va progressivement baisser en fonction du volume réalisé.

La petite taille du marché est d’ailleurs aussi évoquée pour justifier la différence de prix, les économies d’échelle y étant plus difficiles pour beaucoup de laboratoires. Le réseau étoffé de pharmacies de Galenica semble lui avoir réussi à bien gérer cet écueil. Le groupe bernois a surpris les analystes financiers en août en présentant des résultats flamboyants, portés par les tests covid.

Alertée en juin par plusieurs de ses membres, la Fédération romande des consommateurs (FRC) milite pour une plus grande transparence et une mise à niveau des prix: «En Allemagne, un test antigénique coûte en moyenne 30 euros, et un test PCR – résultat dans les 24 heures – coûte 50 euros», relève Sophie Michaud-Gigon, secrétaire générale de la FRC. Selon elle, la fin de la gratuité des tests est l’occasion ou jamais d’adapter les prix, d’autant plus que l’enjeu n’est pas que «commercial mais également de santé publique».

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Jusqu’à présent, celle qui est aussi conseillère nationale (Les Vert·e·s/VD) estime avoir été peu entendue car «les négociations se font de manière très segmentée et en cercle fermé entre autorités, fabricants, assureurs et fournisseurs de prestations». Parmi eux, Roche sort plutôt bien son épingle du jeu. Durant le premier semestre, sa division Tests et diagnostics a vu son chiffre d’affaires progresser de plus de 50%.

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