La Suisse est le pays où les femmes ont le moins de chances d’être promues

Le constat est cinglant. Parmi les principales conclusions d’Equileap figure celle-ci: «La Suisse est le pays où les femmes ont le moins de chances d’être promues», affirme le fournisseur de données et de recherches sur l’égalité hommes-femmes, dans un rapport mondial publié jeudi. Et de poursuivre: «Les chiffres indiquent un plafond de verre relativement solide.»

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Un plafond d’autant plus étonnant, reprend la société basée à Amsterdam, que la main-d’œuvre féminine ne manque pas. Les employées constituent 39% des effectifs, soit davantage que la moyenne mondiale (37%), mais elles sont globalement moins bien représentées dans les hiérarchies, avec seulement 22% des postes de cadres supérieurs (contre 24% dans le monde), 10% de ceux de direction (contre 17%). La proportion est en revanche la même dans les conseils d’administration (25% d’administratrices en Suisse et dans le monde).

Une entreprise dans le top 100

Equileap compare la performance des économies nationales en termes d’égalité, mais aussi d’entreprises. La Suisse ne compte qu’une représentante parmi les sociétés les plus vertueuses dans ce domaine. Il s’agit de Novartis, qui se place 36e avec un score de 64%. Ce résultat est calculé sur la base de 19 critères, dont la répartition des postes clés, les écarts de rémunération ou encore les politiques de lutte contre le harcèlement. En moyenne, le score des sociétés suisses atteint 39%, contre 51% pour la France, 49% pour l’Espagne ou encore 46% pour la Grande-Bretagne. L’entreprise la mieux classée est la banque norvégienne DNB avec 74%.

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D’autres études publiées cette semaine tendent à confirmer que la Suisse n’est pas à la pointe de l’égalité. De fait, la majorité des sociétés de l’indice SMI ne se conforment même pas aux prescriptions légales, a montré de son côté le cabinet américain de recrutement de cadres Russell Reynolds dans une étude publiée mardi par son entité suisse. Entrées en vigueur en juillet dernier, les nouvelles règles demandent aux sociétés de plus de 250 employés de compter au moins 20% de directrices. Or, en moyenne, elles ne sont que 13%, contre 12% il y a une année. Par comparaison, ce taux est de 29,6% pour la Norvège, suivie du Royaume-Uni avec 25,7%.

Temenos meilleur élève

Certaines entreprises ont néanmoins atteint cet objectif. Credit Suisse est la mieux placée avec 27%, suivie de Lonza et Zurich (25%). A l’inverse, Swiss Life, SGS, Richemont, Geberit et Alcon ne comptent pas une seule femme dans leur direction. Aucune des 20 entreprises de l’indice phare de la bourse suisse n’est dirigée par une femme, seule l’une d’entre elles – LafargeHolcim – dispose d’une directrice financière. L’indice élargi SMIM montre un taux similaire mais davantage de progrès puisqu’il est passé de 7,8 à 12,6% en un an. Temenos est le meilleur élève avec 36%.

De son côté, le cabinet de conseils Willis Towers Watson affirmait mardi aussi que «la Suisse a un certain retard à rattraper en matière de diversité des sexes». Les femmes, ajoutait le cabinet, sont encore surreprésentées dans les services administratifs, les ressources humaines ou la communication d’entreprise, mais sous-représentées au niveau des cadres et des dirigeants, ainsi que dans les ventes et le soutien technique.

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«Il est urgent de revoir les processus RH pour éliminer les préjugés systématiques à l’encontre des femmes», prévenait ainsi Krisztina Csedo, responsable de la division talents et récompenses chez Willis Towers Watson en Suisse. Et les entreprises devraient être d’autant plus motivées à le faire que celles «où les femmes sont plus nombreuses à occuper des postes de direction et de gestion voient leurs employés exprimer un engagement plus important et une plus grande probabilité de rester».

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