La réalité virtuelle se pose sur le tarmac

Sur le tarmac des aéroports, la sécurité est poussée au maximum. Entre les pistes d’envol et les terminaux se croisent des appareils de différentes tailles, des camions-citernes, des bus de passagers, des chariots chargés de bagages, des techniciens chargés de la maintenance. Difficile dès lors de se déplacer avec des groupes en formation pour leur montrer les avions, permettre à chacun d’observer attentivement chaque détail dans le court laps de temps où un aéronef reste à l’arrêt. Pourtant, c’est en prenant le temps nécessaire que ces mêmes personnels seront correctement formés et éviteront des accidents.

Confrontée à ce dilemme, l’Association internationale du transport aérien (IATA) s’est tournée vers une solution innovante. L’organisation définit des critères pour 100 000 techniciens dont les compétences sont remises à jour chaque année et forme elle-même chaque mois des dizaines de techniciens et spécialistes de handling (manutention des avions). «La problématique que nous avons connue, ce sont que les formations sont données dans une salle de conférences. Nous avons reçu la critique comme quoi les formations n’étaient pas assez opérationnelles. Nous avons tenté d’introduire nos formations dans les aéroports. Mais c’est complexe car il faut des badges, il y a le danger des véhicules, des avions, du temps à disposition, de l’absence de problèmes dans 95% des cas… c’était donc bien, mais pas suffisant», confie Frédéric Léger, directeur des produits aéroport, passager, fret et sécurité chez IATA.

Avec l’aide de spécialistes, les équipes de IATA créent donc RampVR, programme de réalité virtuelle qui plonge les personnels en formation dans un environnement proche des conditions réelles sur le tarmac: bruit des moteurs, conditions météorologiques ou d’obscurité liée à la nuit, circulation d’autres personnels ou chargement des bagages. tout est fait pour plonger la personne dans un cadre le plus réaliste possible. Du côté du formateur, il est possible de programmer des avaries techniques, des objets qui traînent sur la piste, des individus ne portant pas les équipements réglementaires ou se trouvant dans des endroits dangereux.

«Nous pouvons constater l’efficacité de RampVR extrêmement rapidement: au bout de quelques minutes d’utilisation, les personnes en formation «oublient» qu’elles portent un casque de réalité virtuelle et se sentent en activité sur les pistes. L’échange verbal avec elles porte dès lors sur les situations opérationnelles et plus sur l’équipement VR qu’elles ont», observe Dimitrios Sanos, responsable des entraînements pour les opérations aéroportuaires et au sol au sein de IATA. Une efficacité rapidement saluée par les personnels, les managers et les organisations. C’est ainsi que Fraport, propriétaire et gestionnaire de l’aéroport de Francfort, plus important hub d’Allemagne, a adopté la solution et formé ses équipes (7500 personnes chargées de 416 000 opérations de handling en 2018) avec la réalité virtuelle.

Plutôt réaliste et utile

«Jusqu’à présent, la participation aux sessions de remise à jour des savoir-faire était obligatoire mais plutôt vue comme un passage obligé ennuyeux, car nous y bénéficiions d’explications sur des tâches que nous accomplissions déjà depuis des années. Depuis que nous utilisons RampVR, notre intérêt s’est accru et nous retenons bien mieux les enseignements», témoigne un bénéficiaire de ce programme, cité dans le livre blanc rédigé par Fraport et IATA à la suite de l’expérimentation de la VR à Francfort

Parmi les centaines de personnes formées par Fraport, seules un quart avaient déjà testé un dispositif de réalité virtuelle. Et 35% ont trouvé cette expérience très réaliste, 56% la considérant réaliste, tandis que 8% la jugeaient peu réaliste et 1% non réaliste. Au-delà de l’expérience, 37% du personnel a indiqué avoir trouvé sur le long terme les enseignements de cette formation via RampVR très utiles, et 33% les a estimés utiles (30% ont exprimé un avis neutre).

Ce qui a conduit les auteurs du livre blanc de Fraport/IATA à considérer que cette solution constitue «un excellent outil pour stocker de manière durable les connaissances théoriquement acquises. Les stagiaires se rappelaient beaucoup mieux les procédures et les conservaient plus longtemps, ce qui s’est traduit par une amélioration constante de la qualité des performances.» Un succès que confirme Frédéric Léger: «Nous constatons un intérêt de plus en plus marqué des gestionnaires d’aéroport à travers le monde pour cette solution, qui est progressivement adoptée pour de nombreuses sessions de formation du personnel.»

«Chaque année, nous ajoutons de nouveaux modules VR basés sur la demande des utilisateurs mais toujours en nous appuyant sur les standards définis par IATA pour les opérations au sol et aéroportuaires. Chaque ajout est défini selon l’efficacité du module, mais aussi l’importance de la sécurité, et les bénéfices en termes de coûts et de gain de temps pour les sociétés qui utilisent cette solution», ajoute Dimitrios Sanos.

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