La peur du virus se répand dans les étages chez UBS

Alors que la Suisse entre dans une quatrième semaine de crise liée à la pandémie du Covid-19 et que le gouvernement appelle ceux qui le peuvent à travailler de chez eux, des employés d’UBS relatent la peur qui s’installe dans les open spaces des sites où des cas de Covid-19 ont été annoncés vendredi à l’interne.

Réagissant à notre récent article sur la façon dont les banques s’organisent face à cette urgence sanitaire, ces salariés dénoncent l’accès limité au télétravail offert, dans les unités de gestion de fortune, à Zurich comme à Genève.

Quatre cas à Genève

Exemple au premier étage du siège zurichois de Paradeplatz, où la contamination d’un collaborateur d’un desk de gestion de fortune a été annoncée vendredi après-midi. «Son équipe a été envoyée en quarantaine, les contacts dans le reste du bâtiment ont été cantonnés entre étages pairs et impairs», énumère une employée voisine. Il y a huit jours – ce fameux vendredi 13 où le Conseil fédéral a ordonné la fermeture des écoles –, son service avait déjà été scindé en deux, une partie rejoignant un bâtiment adjacent. «Mais… alors qu’un malade du coronavirus a fréquenté ce site, nous continuons de le rejoindre le lendemain matin, de nous serrer dans l’ascenseur; l’employé du courrier fait sa distribution, les informaticiens circulent, il n’y a pas de masques», énumère celle qui refuse de parler à visage découvert, en raison des conséquences sur son emploi.

Autre exemple, à Genève, dans le bâtiment des Noirettes, où l’annonce, également vendredi, d’un quatrième cas de Covid-19 a «plongé beaucoup de monde dans l’angoisse», relate un banquier qui a décidé de s’exprimer sur la situation «en raison de la gravité de cette épidémie pour le pays». Les centaines d’employés que compte le site genevois s’étaient vu annoncer la présence d’un premier collègue testé positif – un banquier revenu d’Italie – il y a trois semaines. Deux autres ont suivi dans des agences du canton, fermées depuis.

Contactée, la première banque du pays répète que «la sécurité et la santé de [ses] employés et de leurs familles sont [sa] priorité absolue». Elle ne s’exprime pas sur ces cas précis de Covid-19, mais ne les dément pas. En aparté, on laisse comprendre qu’un groupe employant plus de 20’000 employés dans le pays est forcément tenu de respecter à la lettre des procédures de sécurité très exigeantes en cas de menace sanitaire de ce type. À Genève, le parking a même été ouvert afin que les employés puissent éviter les transports en commun.

Télétravail non généralisé

Un grief principal revient dans la bouche de ces employés que rien ne lie, hormis le fait de travailler pour la même multinationale à 300 km de distance: la mise à disposition insuffisante d’ordinateurs portables pour travailler de chez soi. «Les mères de famille avec des problèmes de garde ont commencé à être servies, puis le reste s’est fait la guerre pour que le chef leur en accorde un», relate la salariée du siège zurichois, dont seuls quatre membres, sur la vingtaine de son équipe, ont obtenu le sésame du home office la semaine dernière. Une fois le laptop obtenu, «sa configuration à distance prend des heures, alors que la charge de travail explosait avec l’affolement des marchés financiers». Beaucoup de gérants de fortune qui disposaient, avant la crise, de BlackBerry ou d’iPad pro, peuvent cependant au moins gérer leurs communications de chez eux. Contrairement à plusieurs établissements genevois, UBS ne précise pas la proportion de ses collaborateurs – notamment dans la gestion de fortune – passés au télétravail la semaine dernière.

«Le vendredi où les autorités ont fermé les écoles, on s’est entendu répondre qu’il y aurait des solutions le lundi suivant… en vain», témoigne de son côté le collaborateur du centre situé dans le quartier genevois des Acacias. Ce dernier relate les difficultés à obtenir un laptop dans son unité de gestion de fortune – plus de la moitié de ses collègues n’en ont pas reçu – ainsi que le «détachement choquant face à l’épidémie» de responsables auquel il a été confronté.

La banque aux trois clés, qui dépense 3,5 milliards de francs par an dans son informatique, ne s’exprime pas sur la question de la disponibilité des ordinateurs portables. Mais on assure en interne que les histoires de pénurie de laptops, évoquées notamment par le site d’information Inside ParadePlatz, sont «tout simplement fausses». On indique que toutes les solutions pour faire travailler les gens chez eux – même à partir de leur propre PC – sont disponibles. Un message que ne parviennent pas à faire passer certains cadres auprès d’équipes toujours au bureau et stressées par la tournure dramatique de l’épidémie dans toute l’Europe.

Créé: 24.03.2020, 20h59

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